En photos: comment étaient les isbas russes traditionnelles?
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Aspect extérieur
Dans la Russie ancienne, les isbas étaient construites uniquement en bois. Les charpentiers posaient les rondins les uns sur les autres. « À une vingtaine de centimètres des extrémités de chaque fut, on faisait une entaille semi-cylindrique appelée coupe (чаша) dans laquelle s’emboîtait parfaitement le fut posé perpendiculairement », expliquait l’ethnographe Evguenia Blomquist.
Les murs extérieurs constituaient la couronne (венец). Pour assurer l’étanchéité et l’isolation thermique de l’habitation, on insérait dans les interstices entre les rondins de la mousse ou de l’étoupe. On n’utilisait aucun clou en fer, ni aucune autre pièce métallique.
Les historiens pensent que la forme la plus ancienne des toits des isbas était pyramidale, c’est-à-dire à quatre pans. Les toitures à deux versants se sont imposées plus tard. Cette structure permettait d’obtenir un grenier dans lequel la lumière pouvait entrer par une fenêtre.
Les arêtes des toits (коньки) étaient habituellement décorées de figures animales, le plus souvent de têtes de chevaux. L’ethnographe Dmitri Zelenine a émis l’hypothèse que cette tradition renvoie à l’époque où l’on conservait les crânes des animaux offerts en sacrifice.
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Les toits étaient généralement couverts de planches, de fines planches ou de bardeaux (дранка). Les toitures métalliques étaient plus rares. Parfois, on couvrait les isbas de roseaux. Dans le Nord de la Russie, on recouvrait les charpentes de plusieurs couches de fins rectangles de bois (щепки), qui faisaient penser à des écailles. Dans les régions du Sud, les toitures les plus répandues étaient en chaume.
L’extérieur des isbas était décoré d’appliques de bois sculpté. Avec le temps, elles furent remplacées par des peintures. Les motifs géométriques étaient très répandus.
« Mais outre les motifs géométriques, les Russes peignent des bêtes fantastiques semblables à des lions, à des otaries, ainsi que des figures anthropomorphes avec des queues de poissons (фараоны), des têtes de chevaux, des motifs végétaux, etc. Dans les Nord, ils sculptent habituellement les planches qui recouvrent les arbalétriers », décrivait l’ethnographe Dmitri Zelenine.
Les isbas étaient entourées d’une cour. Plus les paysans étaient aisés, plus ils construisaient de dépendances autour de leurs habitations : écurie, étable, fenil, grange à grain, grange pour d’autres réserves. Ils entreposaient leur outillage dans leur cour. Les charrettes et traîneaux restaient sous les auvents. Dans le Nord de la Russie, la cour était protégée par un toit dont la partie inférieure touchait l’isba : l’ensemble des constructions – habitation et dépendances – était donc couvert. Dans le Sud, les bâtiments étaient indépendants les uns des autres. Ils étaient entourés d’une palissade tressée.
Construction des maisons traditionnelles
Les techniques de construction des isbas étaient différentes d’une région à l’autre et tributaires des conditions climatiques dominantes. Par exemple, dans le Sud de la Russie, les habitations étaient de plain pied. On recouvrait la terre d’une couche de paille ou de foin sur laquelle on posait parfois des planches de bois. Dans le Nord, l’habitation se trouvait à l’étage au-dessus d’un rez-de-chaussée où l’on conservait les réserves de nourriture. Cela pouvait être un véritable rez-de-chaussée ou une cave.
Les plafonds étaient bas. Au centre se trouvait la poutre maîtresse (матица), dont la fonction était de soutenir les rondins qui formaient le plafond. Elle était considérée comme un endroit sacré dans la maison. On y gravait des symboles protecteurs et les noms des parents morts. On y suspendait aussi le berceau des enfants. Cette poutre divisait symboliquement l’espace de la pièce en deux : les hôtes s’asseyaient sur un banc près de l’entrée et ne franchissaient la limite invisible dessinée par la poutre qu’avec l’autorisation du maître de maison.
Les fenêtres des isbas dans le Nord de la Russie se trouvaient à l’étage d’habitation. Le cellier était sans fenêtres. Dans ces ouvertures, on plaçait des feuilles de mica (appelées verre de Moscovie) ou on tendait des vessies de bœuf et du papier huilé. Durant la saison froide, on y plaçait des sacs remplis de foin et on fermait les volets. Si les plafonds étaient bas, les portes l’étaient aussi, ce qui limitait l’entrée du froid dans les habitations. La plupart du temps, il n’y avait pas de serrure sur les portes d’entrée, ce qui ne dispensait pas les visiteurs de frapper aux chambranles des fenêtres pour se signaler.
Organisation intérieure
Le plus souvent, le plan des isbas se divisait en deux parties : l’habitation elle-même qui était chauffée et le vestibule (сени) qui ne l’était pas. Il servait de sas entre l’habitation chauffée et l’extérieur. On y gardait ce qui encombrait la zone habitée, des provisions, des cuveaux remplis d’eau, on y faisait refroidir la nourriture et on laissait manteaux et chaussures. L’été, les maîtres de maison y dormaient. L’hiver, on y installait les petits du bétail et la volaille pour les protéger du froid.
L’espace chauffé de l’isba faisait l’équivalent de 20 à 25 mètres carrés. De 7 à 10 personnes y vivaient : ils s’y reposaient, dormaient, cuisinaient, mangeaient. L’espace était divisé en 2 moitiés : l’une réservée aux femmes et l’autre aux hommes. Dans certaines isbas, une cloison séparait la partie où vivaient les habitants de la partie où ils recevaient les invités et se rassemblaient autour de la table (горница).
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La trappe qui menait au cellier se trouvait près du poêle. À ce niveau inférieur, on gardait le lait et les légumes : choux (dont choux fermenté), carottes et, plus tard, pommes de terre.
Aménagement et éclairage
Les bancs le long des murs, les étagères pour la vaisselle et les planches en hauteur sur lesquelles on dormait (полати) étaient fixés aux rondins. À l’intérieur des isbas, il y avait aussi une table, des bancs et des coffres que l’on pouvait déplacer. On trouvait rarement de chaises à l’intérieur des isbas.
Le poêle occupait généralement un angle. Dans le Nord, il était généralement près de l’entrée ; dans le Sud, au contraire, le plus loin possible. Il pouvait faire jusqu’à deux mètres de long. On installait dessus un matelas sur lequel dormaient les anciens et les enfants.
Dans l’angle opposé au poêle se trouvait le coin rouge, c’est-à-dire le beau coin. C’était l’endroit le plus éclairé, propre et décoré de l’isba. Quand l’espace était divisé par une cloison, le coin rouge était dans la partie réservée aux invités. Une icône devant laquelle brûlait une lampe y était disposée. En entrant, les hôtes devaient se signer devant. C’est dans cette partie de l’isba qu’on posait la table autour de laquelle la famille se retrouvait les jours ordinaires et de fête.
L’intérieur des isbas étaient éclairés par de longs et fins morceaux de bois (лучины), généralement de bouleau ou de tremble. On en introduisait un ou plusieurs dans un tube en métal d’un longueur de l’équivalent d’un mètre dont l’une des extrémités se terminait par une fourche métallique. Les morceaux de bois carbonisé tombaient dans un récipient rempli d’eau posé au pied du tube. La lumière donnée par les morceaux de bois était pâle, c’est pourquoi on essayait de faire tout ce qui devait être fait avant qu’il ne fasse noir. Les bougies étaient chères. C’est pourquoi les paysans les réservaient pour jours de fête. À partir du milieu du XIXe, les lampes à pétrole s’imposèrent peu à peu avant d’être elles-même remplacées par l’éclairage électrique.
Les habitants des isbas avaient à cœur de les décorer. Ils sculptaient des motifs végétaux et géométriques sur les meubles en bois ; ils posaient des tapis tressés au sol, ils peignaient des motifs criards sur le poêle. Au XVIIe, on inventa le loubok (des dessins imprimés inspirés de contes et de sujets religieux). On accrochait ces feuilles aux murs.
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