Que montre Firs Jouravliov sur son tableau Avant l’apposition de la couronne?

Musée Russe
Musée Russe
Sur cette toile, le peintre russe représenta une scène poignante. Ce tableau connut un succès considérable. Il fut copié sous des titres différents et son auteur n’hésita pas non plus à en faire des répliques.

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Fiancée désespérée

Galerie d'art régionale de Tambov La Demande en mariage du Major Endetté
Galerie d'art régionale de Tambov

Les tableaux dont les sujets sont les mariages de raison ont toujours suscité l’intérêt des amateurs d’art. Ce fut le cas de La Demande en mariage du major endetté de Pavel Fiodotov et du Mariage Inégal de Vassili Poukiriev. Par sa tension dramatique et l’expressivité de ses personnages, Avant l’apposition de la couronne de Firs Jouravliov les dépasse.

Galerie Tretiakov Avant l’Apposition de la Couronne
Galerie Tretiakov

À la fin du XIXe siècle encore, on se mariait rarement par amour. Les unions arrangées destinées à lier deux noms, deux fortunes, un nom à une fortune pour renflouer les finances d’une des deux parties et assurer un statut à l’autre, étaient monnaie courante. Tout comme les mariages entre une jeune fille et un homme bien plus âgé qu’elle. Dans ce type d’unions, la fiancée n’était finalement qu’une des clauses du contrat. 

Musée Russe
Musée Russe

La scène peinte par Firs Jouravliov se déroule dans une maison cossue. Les icônes accrochées aux murs disent combien les propriétaires sont pieux et respectent les traditions. Au centre de la pièce, une jeune femme vêtue d’une superbe robe de mariée et portant des bracelets en or s’est effondrée. Elle a pris son visage entre ses mains et pleure amèrement. Cette scène est dépeinte sans moquerie, ni exagération : de toute évidence, la jeune fille est mariée contre sa volonté. Elle a perdu tout espoir de convaincre son père de rompre ses fiançailles. Elle dit adieu à la vie qu’elle menait et s’apprête à épouser un homme qu’elle n’aime pas.

Musée Russe
Musée Russe

Sur la version du tableau aujourd’hui conservée au Musée Russe de Saint-Pétersbourg, les parents de la jeune fille ne savent pas comment réagir. Son père s’apprêtait à la bénir avec l’icône de la Vierge qu’il tient dans sa main droite. Dans l’autre, il serre un mouchoir sans se décider à le tendre à son enfant. Sa femme, tout aussi indécise, se tient un peu en retrait avec un plateau sur lequel est posé un karavaï entre les mains. À l’arrière-plan, on voit une autre famille : celle de la sœur aînée de la malheureuse. La marieuse en robe bleue, qui organisa certainement les deux mariages, est également présente.

Personne ne fait le moindre mouvement vers la jeune fille en pleurs. Tous attendent le moment où elle se calmera et où l’on pourra se mettre en route pour l’église où se trouve déjà le fiancé désigné.

Drame non feint

Cette toile peinte en 1874 valut à Firs Jouravliov le titre d’académicien de l’Académie impériale des Beaux-Arts. La détresse non feinte de la jeune fille émut le public. Au point que des copies et des reproductions de ce tableau furent réalisées sous d’autres titres : Avant le mariage, Mariage forcé. Firs Jouravliov lui-même peignit plusieurs autres versions de son tableau.

Le collectionneur Pavel Tretiakov fit l’acquisition de l’une d’entre elles. L’atmosphère est plus intimiste. La détresse de la jeune fille n’a que deux témoins : son père, qui ne sait pas comment réagir, et sa mère qui regarde la scène par l’embrasure de la porte. L’habit du père – un long par-dessus noir et des bottes de cuir – et l’ameublement de la pièce font comprendre que la tragédie se joue dans la famille d’un riche marchand.

Le célèbre critique Vladimir Stassov préférait la version originelle du tableau. Selon lui, celle aujourd’hui exposée à la Galerie Tretiakov a moins de relief : « la pose exceptionnelle et les gestes de la fiancée sont les mêmes [...] mais le père est totalement inexpressif : on ne lit sur son visage ni l’autorité, ni le despotisme si nécessaires à la scène. C’est le portrait d’un boutiquier effacé et sans caractère. On dirait qu’il est debout à côté de son bureau à écouter les demandes de son commis ».

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