Сela s’écrit comme cela se prononce ou l’échec d’une réforme orthographique en URSS
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En 1918, les bolcheviks firent subir une révolution à l’orthographe russe : ils supprimèrent plusieurs lettres et simplifièrent plusieurs règles (pour plus de détails, voir notre article sur ce sujet). Une petite cinquantaine d’années plus tard, certains pensèrent qu’il fallait continuer sur cette voie.
Que savons-nous de cette réforme?
Le vent de liberté qui souffla en URSS durant la période du dégel se fit sentir dans de nombreux domaines. Dans les plus hautes sphères, on envisagea alors une nouvelle réforme de la langue russe.
Nikita Krouchtchev aimait bouleverser l’ordre des choses et, plus encore, les simplifier. En architecture, il ordonna de supprimer toutes fioritures et décor superflu. De son avis, l’art devait s’exprimer de la façon la plus simple et compréhensible possible. La langue aussi.
Une commission pour la réforme orthographique fut formée au sein de l’Académie des sciences. L’académicien Viktor Vinogradov fut nommé à sa tête. Parmi les écrivains qui furent invités à y siéger, on retiendra le nom de Korneï Tchoukovski, partisan du changement.
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On racontait à l’époque que l’initiateur de cette réforme était le journaliste et rédacteur en chef du quotidien Izvestia, Alexeï Adjoubeï. Il était le gendre de Nikita Krouchtchev. Ce fut justement dans le journal qu’il dirigeait que les propositions de la commission furent publiées le 24 septembre 1964.
En quoi consistait cette réforme?
La liste des changements que proposa la commission Vinogradov était longue. Voici quelques-uns de ses points :
- Maintien du signe mou (ь). Suppression du signe dur (ъ).
- Après la consonne ц, remplacement de ы par и (огурцы → огурци / concombres).
- Après les consonnes ж, ц, ч, ш, щ, écrire o lorsque la voyelle est accentuée et e lorsqu’elle ne l’est pas (жёлтый → жолтый / jaune). Suppression de la lettre ё dans certaines autres positions.
- Suppression du redoublement du н dans les participes.
- Suppression du trait d’union devant les particules то, либо, нибудь (quelque chose).
- Suppression de l’alternance vocalique dans les racines où elle se produit (расти – рос / grandir).
Pourquoi cette réforme échoua-t-elle?
La plupart des changements proposés visaient à faire en sorte que l’orthographe reflète au mieux la prononciation, d’une part, et à supprimer un grand nombre d’exceptions, de l’autre. Il s’agissait également d’améliorer les règles adoptées en 1956.
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Les règles imaginées au début des années 1960 engendrèrent des formes absurdes. Par exemple : заяц → заец (lièvre). De nombreux écrivains ne tardèrent pas à se moquer des propositions avancées par la commission Vinogradov.
Celles-ci furent publiées le 24 septembre 1964. Le 14 octobre suivant, Nikita Khrouchtchev démissionna et la réforme fut enterrée. La raison avancée officiellement fut le coût économique que son adoption aurait entraîné.
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