Ce designer a meublé les salons de toute l’URSS
Outre sur Telegram, Fenêtre sur la Russie diffuse désormais du contenu sur sa page VK! Vidéos, publications dédiées à l’apprentissage du russe et plus encore dans notre communauté
Ce n’est qu’au milieu des années 1950 que l’on commença à réfléchir sérieusement à la conception de meubles destinés au grand public en URSS. Cela était directement lié au lancement de la construction massive de logements et à l’apparition des « khrouchtchiovki » — des immeubles d’appartements standardisés et de petite taille qu’il fallait meubler.
En 1955, le Bureau central de conception de mobilier (TsMKB) fut donc créé, chargé de développer de manière systématique de nouveaux meubles. Dès l’année suivante, la première exposition eut lieu au Parc Gorki de Moscou, où furent largement présentés les plus récents modèles de mobilier nationaux et étrangers.
En 1958, se tint le premier concours pan-soviétique récompensant les meilleurs modèles de mobilier. C’est précisément cet événement qui marqua le début officiel du tournant du design soviétique, passant des stylisations historiques au modernisme contemporain. À l’issue de ce concours, 28 créations, dont le célèbre ensemble K58-103 de Iouri Sloutchevski et Alexandre Belorousski, furent recommandées pour une production en série.
Iouri Sloutchevski
Iouri Sloutchevski (1928-2017) était un éminent artiste soviétique et russe, designer de mobilier et l’un des fondateurs de l’école nationale de conception de mobilier. On le surnommait « le plus célèbre designer de mobilier soviétique ». Dans les années 1950-1960, il meubla littéralement la quasi-totalité des petits appartements types d’URSS.
Il naquit à Moscou en 1928. Après la Seconde Guerre mondiale, il intégra la première promotion d’après-guerre de la légendaire École Stroganov (MVKhPOu). Il eut la chance d’étudier auprès de professeurs qui avaient eux-mêmes été diplômés du célèbre VKhOuTEMAS, véritable pépinière de l’avant-garde soviétique. Cette continuité des traditions détermina largement son approche : un mélange de sens artistique et de précision d’ingénieur.
Il fit ses débuts en 1956 lors d’une exposition de modèles de mobilier à Moscou, où, alors qu’il était encore doctorant à l’École Stroganov, il présenta sa première œuvre d’envergure : un système modulaire destiné aux petits appartements.
Le concours de 1958, lors duquel son modèle K58-103 fut exposé, marqua un tournant décisif dans sa carrière.
Des meubles pour la vie quotidienne
La série K58-103, créée au Bureau central de conception de mobilier (TsMKB), fit sensation. Il s’agissait d’un mobilier destiné à un appartement de trois pièces : bien pensé, fonctionnel, sans fioritures superflues. C’est précisément ce projet qui valut à Sloutchevski une renommée à l’échelle de l’Union soviétique et qui est encore aujourd’hui considéré comme un symbole de l’époque du Dégel.
Le designer travailla à l’époque de la construction massive de logements, alors que des millions de familles soviétiques emménageaient dans de petits appartements standardisés. Il fallait par conséquent des meubles qui tiennent dans de petites pièces, qui soient confortables et peu coûteux. C’est précisément ce défi que Sloutchevski releva.
Son approche était novatrice par nature : il ne concevait pas des objets isolés, mais des systèmes. Les ensembles se composaient d’éléments standardisés que l’on pouvait combiner de différentes manières en fonction de l’agencement de l’appartement et des besoins de la famille. Ce fut une véritable révolution dans l’industrie soviétique du meuble : le passage de mobilier encombrant à des solutions flexibles et modulaires.
Au cours de ses années de création, il réalisa plus d’un millier de projets : des ensembles de meubles, des pièces uniques, des conceptions spéciales. Bon nombre d’entre eux furent ensuite produits en série par des entreprises moscovites.
Dans cet autre article, découvrez en images dix objets incontournables de chaque appartement soviétique.