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Que Konstantin Savitski montre-t-il sur son tableau À la guerre?

Pourquoi le peintre lacéra-t-il la première toile qu’il fit sur ce sujet et en peignit-il une seconde?

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Sur cette toile de grandes dimensions (deux mètres sur trois) de Konstantin Savitski, la première chose qui frappe est le nombre de personnages et l’espace qu’ils emplissent de leur présence. Ils sont tous en mouvement : ils pleurent, dansent, s’embrassent, essaient une dernière fois de se prendre dans les bras les uns des autres.

Musée Russe

On peut même avoir l’impression qu’il n’y a pas de personnages principaux. Chaque groupe vit son propre drame et chacun d’entre eux attire sur lui l’attention du spectateur. Au centre, on voit un jeune appelé que d’autres soldats éloignent de force de sa famille. Sa femme tente de le rejoindre mais ses proches la retiennent.

Musée Russe

Sur la gauche du tableau, une vieille femme se serre contre son fils. Sa douleur est muette, mais l’expression des visages et l’attitude des personnages de ce groupe trahissent le déchirement qu’ils ressentent. Au second plan, quatre hommes, qui portent encore leurs chemises de paysans mais déjà certaines pièces de leurs uniformes, dansent. Pas de joie, mais de désespoir. Personne ne les accompagne. Tous partent pour la guerre russo-turque de 1877-1878.

Musée Russe

Konstantin Savitski fit le choix d’illustrer la guerre non en peignant une scène de bataille, mais le moment où les soldats font leurs adieux à leurs familles. Il chercha à montrer les sentiments que chacun d’entre eux ressent à l’heure de la séparation. Il parvint ce faisant à rendre tangible la souffrance du peuple.

Musée Russe

En Russie, la guerre qui s’annonçait contre l’Empire ottoman était perçue comme celle de la libération des frères slaves des Balkans du joug turc. Elle suscita un élan patriotique dans la société. Konstantin Savitski avait une vision plus prosaïque et tragique. Il ne peignit pas l’héroïsme des soldats russes, il choisit de montrer le désarroi et l’égarement de paysans que l’on arrache à leurs familles pour les envoyer à la guerre, dont beaucoup ne comprennent pas le sens.

Savitski eut l’idée de ce sujet lors d’un séjour à Paris en 1876. Il montra une esquisse au peintre Alexeï Bogolioubov qui, lui-même, la présenta au grand-prince Alexandre Alexandrovitch, le futur Alexandre III. Celui-ci préempta la toile qui serait achevée en 1880.

Le peintre l’exposa au 8e Salon des Itinérants. La critique fut mitigée. Certains virent dans le tableau « beaucoup de vérité et de sentiments », d’autres reprochèrent à son auteur le nombre de personnages. Ce travail s’inscrivait dans la ligne de ceux que Konstantin Savitski avait précédemment peints : nombre important de personnages, composition complexe et grande intensité des émotions. Mais, cette fois-ci, il fut piqué au vif par la critique : il lacéra sa toile et se mit à en peindre une nouvelle sur le même sujet. Il la termina en 1888.

Le célèbre critique Vladimir Stassov considérait que la seconde version de À la guerre comme la meilleure création de Konstantin Stavitski. Alexandre Benois estimait, quant à lui, que la force de son expressivité en faisait l’un des meilleurs tableaux du mouvement des Itinérants.

À la guerre appartient aujourd’hui aux collections du Musée Russe.

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