Dix tableaux de Piotr Kontchalovski, le «Cézanne soviétique», à découvrir ou redécouvrir
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Piotr Kontchalovski (1876-1956) découvrit l’impressionnisme en 1895, lors d’une exposition à Moscou. L’un des tableaux de la série des Meules de Claude Monet l’impressionna vivement. Il étudia la peinture à l’Académie Julian à Paris puis à l’Académie Impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Il chercha ensuite sa propre voie dans l’art pictural. Il détruisait toutes ses créations dans lesquelles il ne voyait pas l’idéal auquel il aspirait. Il réserva ce sort même à l’une de ses toiles de fin d’études : Pêcheurs Tendant leurs Filets. Il dit plus tard : « Je commence à peindre une nouvelle toile comme je monterais un cheval qui n’aurait jamais été monté. Je ne fais jamais rien deux fois ».
1. Vendanges, 1909
L’un des séjours qu’il fit à Paris marqua un tournant dans le travail du jeune Piotr Kontchalovski : il était de plus en plus sensible à l’impressionnisme. Dans les tableaux qu’il peignit à cette époque, on distingue l’influence d’Henri Matisse, de Vincent van Gogh et, surtout, de Paul Cézanne à qui « il s’accrocha (...) comme un homme qui se noie à un fétu de paille ». Le jeune peintre russe était sensible à la manière dont le maître français peignait la nature. En 1909, il réalisa sur commande quatre panneaux sur le thème des vendanges.
2. Portrait du peintre Gueorgui Iakoulov, 1910
Piotr Kontchalovski estimait qu’un peintre ne pouvait pas créer son propre style s’il ne recherchait pas à établir sa propre méthode artistique. Dès qu’il le pouvait, il prêtait attention à tout ce qui revêtait un caractère de nouveauté pour lui. Par exemple, dans les toiles de Vassili Sourikov, son beau-père, avec qui il fit un voyage en Espagne. Le portrait de Gueorgui Iakoulov date de cette époque. Il tenta de « lisser » son apparence physique pour se concentrer sur son caractère.
3. Portrait de famille, 1911
Ce portrait de famille est le premier que peignit Piotr Kontchalovski. Le panneau chinois aux teintes roses et de bleu-vert délicates souligne la sobriété des couleurs de la pièce, des meubles et des vêtements de la femme et des enfants du peintre. Le rouge et le vert contrastent avec le blanc et le noir.
Au cours de sa vie, Piotr Kontchalovski peignit souvent ses proches. S’ils sont très différents par leur style, tous ces portraits ont en commun de montrer combien sa famille était un soutien pour lui.
4. Autoportrait, 1912
À l’automne 1911, Piotr Kontchalovski, Ilia Machkov, Aristarkh Lentoulov et Robert Falk fondèrent le mouvement Le Valet de Carreau. Prenant leurs distances avec la peinture réaliste, ils cherchèrent de nouveaux moyens d’expression en étudiant le cubisme, le post-impressionnisme et le fauvisme. L’une des sources d’inspiration des membres du Valet de Carreau était l’œuvre de Paul Cézanne. Piotr Kontchalovski ne l’imitait pas servilement. Il sut créer son propre style, vivant et éclatant.
5. Portrait de Natalia Kontchalovski enfant, 1915–1916
À l’été 1914, Piotr Kontchalovski partit pour le front. Il ne fut démobilisé qu’en 1917. Ce fut pendant ces trois années que mûrit en lui le passage de l’impressionnisme au réalisme. La galerie Trétiakov acquit le portrait de sa fille qu’il avait fait durant la Première Guerre mondiale.
6. Pont à Nara, 1918
Après la Révolution d’Octobre, Piotr Kontchalovski ne quitta pas la Russie. Dans les années 1920, il enseigna aux Ateliers supérieurs d’art et de technique (ВХУТЕМАС) et à l’Institut supérieur d’art et de technique (ВХУТЕИН). Il fit un nouveau séjour à Paris à l’époque où se tint une exposition consacrée à son œuvre. Il passait l’été à Abramtsevo où il peignait des paysages. Il disait vouloir « créer un paysage vivant dans lequel les arbres ne font pas que dépasser de la terre dans laquelle ils sont plantés [...] mais logiquement poussent de cette terre. Comme les maîtres anciens, [je veux que] ceux qui regardent ce paysage en sentent les racines ».
7. Les Habitants de Novgorod, 1925
Piotr Kontchalovski passa plusieurs étés à Novgorod la Grande. Il y peignit plusieurs tableaux qui illustrent la vie des habitants de cette ville du nord-ouest de la Russie : des paysans rentrant de la foire, des pêcheurs sous la voile de leur embarcation, une joyeuse compagnie attablée dans un restaurant. Ces personnages n’ont rien d’artificiel. Ils sont vivants et chacun éprouve des émotions qui lui sont propres.
8. Lilas dans un Panier (Héroïque), 1933
Au début des années 1930, Piotr Kontchalovski acheta une propriété à Bougry, dans la région de Kalouga. Il y vivait du printemps à la fin de l’automne. Il y avait un jardin planté de lilas qui devint une nouvelle source d’inspiration pour lui. Il peignait souvent ces fleurs dont il disait qu’elles étaient d’un grand enseignement pour les peintres.
9. Portrait de Vsevolod Meyerhold, (1938)
À Bougry, Piotr Kontchalovski peignit une série de portraits de représentants du monde de la culture soviétique. Lorsqu’il fit celui de Vsevolod Meyerhold, celui-ci traversait une période très difficile : les autorités venaient de fermer son théâtre. Il serait arrêté moins d’un an plus tard. Sur le fond de ce tapis multicolore, la figure du metteur en scène en costume noir sur lequel s’est étendu son fox-terrier semble particulièrement tragique.
10. Le Cireur de Parquet, 1946
Durant la Grande Guerre patriotique, Piotr Kontchalovski ne cessa pas de travailler. Il créa notamment des décors pour le théâtre. Il mourut en 1956 dans sa propriété de Bougry. Il avait 79 ans.
L’exposition Un Jardin en Fleurs consacrée à Piotr Kontchalovski se tient au Musée Russe de Saint-Pétersbourg jusqu’au 14 septembre 2026.
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