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Cinq des histoires d’amour les plus émouvantes de la littérature russe

Iouri Kouchevski (CC BY-SA 4.0)
L’amour dans la littérature russe est rarement heureux. Ces cinq histoires illustrent comment toute une vie peut être à jamais marquée par un seul de ses instants.

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Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine

Domaine public

Tatiana Larina est une jeune femme de la noblesse provinciale. Réservée et rêveuse, elle tombe passionnément amoureuse d’Eugène Onéguine, un dandy pétersbourgeois, qui s’est installé à la campagne. Elle lui écrit une lettre dans laquelle elle lui dévoile ses sentiments. Cette lettre a certainement autant d’importance dans la culture russe que le monologue de Juliette dans celle de l’Europe de l’Ouest. À la différence de Romeo à l’égard de Juliette, Eugène Onéguine éconduit froidement Tatiana, arguant qu’il « n’est pas fait pour le bonheur ».

Quelques années d’errance plus tard, après avoir tué un ami en duel, Eugène Onéguine croise Tatiana à Saint-Pétersbourg. Mariée à un prince qui a le grade de général, elle est une figure en vue de la haute société. Eugène Onéguine est envoûté par cette « majestueuse législatrice des salons » et cherche à se faire aimer d’elle. Tatiana, « la plus fidèle image du comme il faut », ne nie pas toujours éprouver pour lui de l’amour (« Je vous aime. (Pourquoi le cacher ?») mais le repousse. Elle respecte ainsi le serment de fidélité qu’elle a prêté à son époux (« j’appartiens à un autre. Je lui serai fidèle, jusqu’à la mort ! »). Le refus de céder à Eugène Onéguine n’est pas de la froideur mais la décision d’une femme adulte et la manifestation suprême de l’amour. Cette entrevue entre les deux personnages est l’une des scènes d’amour les plus poignantes de la littérature russe.

Anna Karénine de Léon Tolstoï

Sputnik

Le comte Alexeï Vronski se pense amoureux de Kitty Chtcherbatski et est sur le point de lui demander sa main. La jeune femme espère qu’il lui fera cette heureuse déclaration lors d’un bal donné à Moscou. Anna Karénine est également présente à cet événement mondain. Elle est venue de Saint-Pétersbourg pour tenter de réconcilier son frère et sa belle-sœur. Elle a voyagé avec la mère de Vronski et l’a croisé à la descente du train.

Lors du bal, dès qu’il aperçoit Karénine, Vronski se détourne de Kitty. Il n’a plus d’yeux que pour Karénine. Léon Tolstoï décrit cette scène à travers le regard de Kitty, angoissée, jalouse et désespérée. Avec peur, elle voit Vronski se métamorphoser, elle entend ses intonations changer : elle « remarqua cette expression frappante d'humilité et de crainte qui fait penser à un chien intelligent quand il se sent coupable ».

La jeune femme éconduite pense le soir même de sa rivale que : « Oui , il y a en elle une séduction étrange, presque infernale ».

Cette scène du bal marque le point de non-retour pour ces trois personnages. Kitty perd tout espoir d’épouser Vronski. Pour celui-ci, c’est le début d’une passion dévorante qui lui fera tout oublier de sa vie passée. Anna sent grandir en elle un sentiment interdit qui la conduira au suicide.

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Premier Amour dIvan Tourgueniev

Musée littéraire d'État d'Orel

Vladimir, un jeune homme âgé de seize ans, passe l’été à la datcha avec ses parents. Il tombe amoureux de leur voisine, la jeune princesse Zinaïda. Elle est entourée de soupirants et minaude avec Vladimir tantôt en lui accordant son attention, tantôt en l’ignorant. Le jeune homme comprend bientôt qu’elle est amoureuse mais n’arrive pas à comprendre de qui. Il apprend la tragique vérité lors d’une scène qui a lieu dans le jardin : il entend son propre père et Zinaïda échanger des mots d’amour. Le monde de Vladimir s’effondre alors. Il vient de comprendre qu’il existe un amour dévorant et sacrificiel qui n’a rien à voir avec les sentiments romantiques qu’il éprouve pour Zinaïda.

Cette nouvelle est en grande partie autobiographique. Dans sa jeunesse, Ivan Tourgueniev fut amoureux de la princesse Ekaterina Chakhovksoï qui entretenait une liaison avec son père.

Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov

Vladimir Vdovine / Sputnik

Outre celles de Ponce Pilate et du bal du printemps donné par Satan (sous la forme de Woland), ce roman raconte l’histoire d’amour du Maître et Marguerite qui se rencontrent par hasard dans une ruelle de Moscou. Pour sauver son amant, Marguerite conclut un pacte avec le diable, devient sorcière et subit plusieurs épreuves. Le Maître est sauvé par l’amour que lui porte Marguerite : touché par sa force, Woland rend au Maître le manuscrit de son histoire sur Ponce Pilate qu’il avait brûlé et offre au couple un repos éternel loin des souffrances de ce monde.

Un jour de printemps, le Maître rencontre dans la rue une femme vêtue d’un manteau noir et tenant un bouquet de fleurs jaunes. Il est frappé par la solitude douloureuse qu’il lit dans son regard. Mu par une attirance qu’il ne comprend pas, il la suit. Elle lui demande alors subitement, s’il aime les fleurs. Il répond que non et, à cet instant précis, il comprend que, toute sa vie, il n’a aimé que cette femme. « L’amour surgit devant nous comme surgit de terre l’assassin au coin d’une ruelle obscure et nous frappa tous deux d’un coup. Ainsi frappe la foudre, ainsi frappe le poignard ! ». Bientôt, ils deviennent amants.

Les Allées sombres d’Ivan Bounine

Maison d'édition Pan Press, 2007

Dans ce recueil de 38 récits, Ivan Bounine décrit toutes les formes de l’amour : de l’attirance d’un instant à la passion dévorante. Il considérait ce livre comme son œuvre la plus accomplie. Il y fait le bilan de ses réflexions concernant l’amour comme phénomène. Ces histoires ne sont empreintes d’aucun sentimentalisme et décrivent l’amour comme une force vitale élémentaire. Pour Ivan Bounine, l’amour est plus fort que la raison et les convenances sociales. Dans le récit Les Allées sombres, qui a donné son titre au recueil, il peint une scène d’explication entre deux anciens amants. Par un triste jour d’automne, Nicolas Alexeïevitch, un officier déjà dans la force de l’âge, fait halte dans un relais de poste tenu par Nadejda, qui était l’une de ses serves avant l’abolition du servage. Il l’avait passionnément aimée mais l’avait abandonnée pour faire un mariage « convenable ». Lorsqu’il quitte le relais, Nicolas Alexeïevitch comprend que cette femme a été l’être le plus cher qu’il a eu dans sa vie.

Il est resté pour Nadejda l’homme le plus important de sa vie. Ce qu’elle n’a pas pu lui pardonner : « Non, Nicolas Alexeïevitch, je n’ai pas pardonné. Et puisque nous en sommes à parler de nos sentiments, je vous dirai franchement que je n’ai jamais pu vous pardonner. Personne ne m’a été plus précieux que vous, ni alors ni par la suite ».

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