Cinq jeux qui divertissaient les aristocrates russes au XIXe siècle
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Gage touché / фанты
Ce jeu était très pratiqué dans les familles nobles et les salons mondains. On y jouait déjà à la cour de Catherine II dans le palais du Grand Ermitage. Le mot russe фант vient de l’allemand Pfand : gage. Il existait principalement deux façons de jouer à ce jeu. Dans l’une, le gage était un objet ; dans l’autre, un morceau de papier sur lequel le défi était écrit.
Les règles étaient les suivantes. Chaque joueur déposait dans un chapeau un de ses effets (bague, montre, mouchoir). Le meneur de jeu, qui en avait fait autant, tirait au hasard un objet et lançait un défi à la personne à qui il appartenait. Lorsque l’on jouait avec des morceaux de papier, les joueurs y écrivaient le défi de leur choix et mettaient leurs papiers dans un chapeau. Ils tiraient les uns après les autres un défi et le relevaient.
Cette seconde façon de jouer permettait de se passer de meneur de jeu. Les défis pouvaient être tout à fait divers : créatif, intellectuel, ludique, romantique. Par exemple, réciter une fable, chanter une romance, deviner une charade, ramper sous une table, embrasser un autre joueur, etc. L’essentiel était de ne pas négliger les règles de la décence et de tenir compte de l’âge et du statut des participants.
Charades / шарады
Salon mondain des années 1830
Il existait deux types de charades : en vers et libres (« vivantes »). Les charades en vers consistaient à recomposer le mot à deviner à partir de ses syllabes ou de mots isolés. Chacune des parties du mot et le mot en entier étaient donnés sous la forme d’un ou deux vers. Par exemple, le mot à trouver est « Агафон » :
Часть первая моя в турецкой стороне
Гроза для янычар и часто для султана ;
Вы окончание хотите знать во мне ?
Оно в Германии отличьем служит сана ;
А целое моё — у россиян
Есть имя знатных и крестьян.
Mon premier est au pays des Turcs
L’orage pour les janissaires et souvent pour le sultan ;
Voulez-vous connaître ma fin ?
En Allemagne, mon second sert à distinguer la noblesse ;
Et mon tout est chez les Russes
Un prénom chez les nobles et les paysans.
Dans les charades « vivantes », les joueurs formaient deux équipes. La première choisissait le mot à faire deviner. Par exemple, «пар-ад» (parade). Sans dire le moindre mot, en se déguisant et en utilisant des objets, ils cherchaient à faire découvrir à l’autre équipe chacune des syllabes du mot et le mot en entier (пар / vapeur : ils donnaient à voir un nuage de vapeur ; ад / enfer : ils mimaient des diables ; парад : ils montraient une procession).
Jonchets / бирюльки
Au XIXe siècle, les jonchets, qui étaient originellement un divertissement des enfants de la paysannerie, conquit les autres classes de la société russe. On fabriquait alors les jonchets dans des essences de bois précieux et en ivoire. On les conservait dans des coffrets élégants, parfois en forme de fruits.
On laissait tomber sur une table les jonchets à l’extrémité desquels étaient sculptés des objets du quotidien (vaisselle, instruments, etc.). Le jeu consistait à retirer une figure à l’aide d’un crochet sans faire bouger les autres. Quand un joueur faisait bouger une figure, il passait son tour au joueur suivant. Le vainqueur était celui qui avait retiré le plus de figures ou qui avait obtenu le nombre de points annoncé au début de la partie.
Jeu des fleurs / флирт цветов
Ce jeu de cartes, apprécié au XIXe siècle dans les salons aristocratiques, faisait du langage des fleurs un moyen divertissant pour les jeunes gens de faire connaissance, d’échanger des messages allusifs et de s’avouer leur amour, tout en respectant l’étiquette.
Les jeux de cartes étaient habituellement conservés dans de jolies boîtes. Sur chacune des cartes, il y avait une liste de 15-20 fleurs. En regard de leurs noms, on lisait une phrase ludique ou romantique. Il y avait beaucoup de cartes et une même phrase pouvait se trouver sur plusieurs cartes en face du nom de fleurs différentes, ce qui compliquait le jeu.
Les joueurs s’échangeaient les cartes. En tendant une carte à un autre, le joueur prononçait à voix haute le nom d’une fleur inscrit sur la carte (par exemple, violette ou rose). Le destinataire de la carte lisait en silence la phrase inscrite en face du nom de cette fleur. C’était un message secret. Il entamait alors une conversation avec celui qui lui avait tendu la carte en lui donnant à son tour une de ses cartes. Et ainsi de suite.
Tableaux vivants / живые картины
Au XIXe siècle, ce jeu était un divertissement très pratiqué dans les salons et les résidences aristocratiques. Il s’agissait de se déguiser, de récréer l’éclairage et de prendre la pose pour reproduire des sujets de tableaux, des scènes d’œuvres littéraires ou des sculptures célèbres.
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On pouvait jouer à ce jeu de façon spontanée ou non. Dans le premier cas, on faisait avec ce qu’on avait sous la main. Dans le second, s’il était prévu de jouer un jour précis, à l’occasion d’une fête de famille ou d’une célébration, on se préparait de façon très sérieuse. On faisait faire des costumes, on réalisait des décors, on réfléchissait à l’éclairage, on répétait.
Les sujets étaient des plus divers : des contes de fée aux mythes de l’Antiquité, en passant par les paraboles bibliques. Les participants en costumes se figeaient dans les poses de leurs personnages et essayaient de reproduire le plus fidèlement la scène. Les spectateurs devaient deviner de quoi il s’agissait.
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