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Qu’était-on prêt à faire en URSS pour avoir son logement?

A. Kovtoune / Sputnik
En URSS, être logé correctement était l’un des problèmes les plus difficiles à régler.

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« Des gens ordinaires… comme ceux de jadis, s’ils n’étaient pas corrompus par la question du logement… », disait des Moscovites des années 1930 Woland, le diable du Maître et Marguerite. À une époque où la propriété privée des surfaces habitables n’existait plus, celles-ci étaient allouées par l’État. Obtenir un logement, de préférence privatif, était extrêmement difficile. Les gens attendaient leur tour des années, voire des dizaines d’années. Les Soviétiques avaient recours à des systèmes ingénieux, pas forcément légaux, pour améliorer leurs conditions de logement.

Par le travail

Andreï Solomonov / Sputnik

Le moyen légal le plus rapide pour obtenir un appartement était d’accepter des emplois très pénibles – dans les mines, sur les chantiers de construction – en Sibérie et en Extrême-Orient. L’État avait un grand besoin de main d’œuvre dans ces régions où l’on pouvait obtenir un logement en un ou deux ans. Dans les grandes villes, il existait un système dit de limite, c’est-à-dire de quotas pour les ouvriers. L’usine qui les recrutait leur fournissait un lit dans un de ses foyers. Au bout de 5 à 10 ans, selon les villes et les époques, de travail irréprochable dans cette usine et de conduite exemplaire en dehors, ils obtenaient un enregistrement permanent dans la ville où ils travaillaient et une chambre dans un foyer de l’usine, ce qui leur ouvrait le droit à obtenir un logement privatif.

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Par la patience

Alexandre Pogotov / Sputnik

Le moyen légal le plus simple pour obtenir l’amélioration de ses conditions de logement était d’en faire la demande. L’État instaurait une norme sanitaire, c’est-à-dire un nombre minimal de mètres carrés par personne. Pour avoir le droit de demander un logement plus grand, il fallait prouver que la superficie occupée par une famille était inférieure à la norme sanitaire multipliée par le nombre de ses membres qui y étaient enregistrés. Longtemps, elle fut de 6 m2 à Moscou et de 5 m2 à Leningrad. Les Soviétiques vivaient dans l’exiguïté : dans des foyers, dans des appartements communautaires, dans des logements de petite superficie. Parfois, plusieurs générations d’une famille partageaient ces petits espaces. Le temps d’attente était en moyenne de 10 à 15 ans. Et, dans certains cas, beaucoup plus. En particulier, lorsque le nombre de membres de la famille qui attendait un nouveau logement changeait. S’il diminuait, la famille pouvait être rayée de la liste d’attente.

Mariages blancs

Boris Kavachkine / Sputnik

Conscients que cette attente pourrait être sans fin, certains avaient recours à des moyens à la limite de la légalité ou totalement illégaux pour améliorer leurs conditions de logement. Contre rétribution sonnante et trébuchante, on contractait un mariage blanc avec quelqu’un qui avait un enregistrement permanent dans la ville où l’on espérait s’installer. On cherchait à se faire enregistrer chez un membre âgé de sa parentèle dans l’espoir de conserver son logement après sa mort. On enregistrait chez soi des parents pour dégrader artificiellement ses conditions de logement et avoir le droit d’en demander un autre.

Autres systèmes D

Roudolf Alfimov / Sputnik

Il existait d’autres moyens de modifier le nombre de membres de la famille. Par exemple, certains décidaient d’avoir un enfant de plus pour voir leur temps d’attente sur la liste des demandes de logement réduit. D’autres se résolvaient à des divorces blancs : l’un des anciens époux restait dans l’appartement que le couple occupait et l’autre pouvait obtenir son appartement. Quand la manœuvre réussissait, une même famille se retrouvait avec deux logements. Au bout de quelques années, les mariages blancs se terminaient généralement par des divorces blancs.

Échange avec paiement complémentaire

Boris Kavachkine / Sputnik

Puisque l’achat et la vente des logements était impossible, on ne pouvait déménager légalement qu’en échangeant son appartement contre un autre là où l’on voulait vivre. Pour accélérer les choses, certains faisaient appel aux services très onéreux d’intermédiaires qui, pour cette activité illégale, risquaient 3 ans de prison. Ils établissaient des schémas alambiqués d’échanges. Pour obtenir un logement plus grand ou dans un quartier plus prestigieux que celui qu’on voulait quitter, il fallait enfreindre la loi en faisant un versement complémentaire. Par exemple, au tournant des années 1980, le prix d’un mètre carré supplémentaire pouvait atteindre 250 roubles, soit une fois et demi le salaire mensuel moyen.

Appartements coopératifs

I. Gricher / Sputnik

À partir de 1958, les Soviétiques qui avaient des économies pouvaient acheter des appartements dit coopératifs. Ils devaient verser de 20 à 30 % du montant fixé et payer le solde mois après mois. Dans certaines entreprises, les employés s’organisaient pour construire eux-mêmes leurs logements. Après le travail, ils allaient travailler sur le chantier de l’immeuble dans lequel ils auraient un appartement.

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