Saviez-vous qu’Alexandre Dumas fit un long voyage en Russie?
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Alexandre Dumas père arriva en Russie en juin 1858. Il aurait voulu s’y rendre plus tôt, mais la frontière de l’empire russe lui était restée fermée sous Nicolas Ier : le tsar n’avait pas du tout goûté son roman historique Le Maître d’Armes (1840) qui raconte le soulevèment des Décembristes en 1825. Alexandre II ne se montra pas aussi sévère que son père avec l’écrivain français.
Alexandre Dumas débuta son voyage par la capitale Saint-Pétersbourg, où il fut accueilli avec enthousiasme, voire exultation, et où l’on fit tout pour satisfaire ses moindres désirs. Il fut particulièrement frappé par les nuits blanches :
« Rien ne vous donnera […] l’idée d’une nuit de juin à Saint-Pétersbourg, ni la plume, ni le pinceau. C’est quelque chose de magique [...]. Figurez-vous une atmosphère gris-perle, irisée d’opale, qui n’est ni celle de l’aube ni celle du crépuscule, une lumière pâle sans être maladive, éclairant les objets de tous les côtés à la fois. Nulle part une ombre portée. Des ténèbres transparentes, qui ne sont pas la nuit, qui sont seulement l’absence du jour ; des ténèbres à travers lesquelles on distingue tous les objets à une lieue à la ronde ; une éclipse de soleil sans le trouble et le malaise qu’une éclipse jette dans toute la nature ; un calme qui vous rafraîchit l’âme, une quiétude qui vous dilate le cœur, un silence pendant lequel on écoute toujours si l’on n’entendra pas tout à coup le chant des anges ou la voix de Dieu ! »
La cuisine russe laissa une impression mitigée au gourmand et gourmet qu’était Alexandre Dumas :
« Les Russes raffolent de la soupe au sterlet. Abordons franchement cette grave question, qui va nous faire pas mal d’ennemis parmi les sujets de Sa Majesté Alexandre II, et émettons franchement notre opinion culinaire sur la soupe au sterlet. Je sais bien que je vais toucher à l’arche sainte ; mais tant pis ! La vérité avant tout. Dût l’empereur ne pas me laisser rentrer à Saint-Pétersbourg, je dirai que le grand mérite, lisez le seul mérite, à mes yeux ou, plutôt, à ma bouche, de la soupe au sterlet est qu’elle coûte, à Saint-Pétersbourg bien entendu, cinquante ou soixante francs l’été, et trois ou quatre cents francs l’hiver ». En revanche, le ку́рник / kournik – une tourte à la volaille et aux œufs – ravit son palais et il exigea qu’on lui en donne immédiatement la recette.
À Saint-Pétersbourg, Alexandre Dumas prit le train pour Moscou. Il fut émerveillé par le Kremlin qu’il décrivit ainsi :
« Le Kremlin vu, ce soir-là, sous cette douce lumière, baigné dans cette atmosphère vaporeuse, me parut, avec ses aiguilles s’élançant vers les étoiles comme des flèches de minaret, un palais de fée dont la plume ne saurait donner une idée. Je rentrai, émerveillé, ravi, subjugué – heureux ». Moscou elle-même lui sembla être « bien plutôt un immense village qu’une grande ville ».
L’écrivain français descendit ensuite le cours de la Volga et visita Nijni-Novgorod ; Kazan, où il réalisa un de ses rêves : chasser des lièvres, ce qui obligea le bâteau à l’attendre une journée entière ; Saratov ; Tsaritsyne (aujourd’hui, Volgograd) ; et Astrakhan, où l’absence de pavage le surprit désagréablement : « La chaleur fait des rues un sahara de poussière, la pluie en fait des lacs de boue ».
Son voyage le conduisit ensuite dans le Caucase. Il visita Kizliar, Derbent, Bakou et Tiflis (aujourd’hui Tbilissi). Il fit l’ascension de plusieurs montagnes, assista à une cérémonie rituelle d’adorateurs du feu, fut couronné « roi de la littérature » et observa comme du pétrole brûlait sur la mer. Il participa même à un échange de coups de feu avec des montagnards qui résistaient à l’avancée russe. En fait, il s’agissait d’une mise en scène pour le distraire.
« Je ne sais pas de voyage plus facile, plus commode et plus agréable qu’un voyage en Russie », écrivit Alexandre Dumas au sujet de son séjour en Russie, qu’il acheva le 1er février 1859. Il prit alors un bâteau à Poti, en Géorgie, pour Marseille.
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