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Comment Alexandre Pouchkine fit-il l’aveu de son athéisme et en fut-il châtié?

Portrait d'Alexandre Pouchkine
Legion Media
Les «leçons de pur athéïsme» que mentionnait Alexandre Pouchkine dans une lettre qu’il adressa au printemps 1824 à l’un de ses amis lui valut de devoir quitter le sud de la Russie, où il servait à la chancellerie du gouverneur de Novorossiïsk, pour rejoindre sa propriété familiale près de Pskov.

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Après avoir terminé ses études au lycée de Tsarskoïé Sélo, Alexandre Pouchkine commença à mener une vie mondaine à Saint-Pétersbourg. Il écrivait des poèmes qui déplaisaient au pouvoir. Ainsi, dans son ode Liberté (1817), il dénonçait l’autocratie et, dans Le Village (1819), le servage. Il ne craignait pas de composer des épigrammes caustiques contre le souverain lui-même et ses proches. Ses écrits provoquèrent la fureur de l’empereur Alexandre Ier qui ordonna que le jeune poète soit exilé en Sibérie ou, pour le moins, au monastère des Solovki.

Des amis influents d’Alexandre Pouchkine – Nicolas Karamzine, Vassili Joukovski et d’autres – s’empressèrent d’obtenir du tsar un allègement de sa peine. Nicolas Karamzine sut le convaincre qu’un exil en Sibérie serait trop cruel et que « Pouchkine [était] un génie et [qu’]il faut pardonner les génies ».

Alexandre Pouchkine sur la mer Noire
Heritage Images / Getty Images

En mai 1820, Alexandre Pouchkine quitta la capitale pour le sud de l’Empire. Officiellement, pour le service de l’État ; officieusement, en exil. Il fut assigné du Collège des Affaires étrangères à Saint-Pétersbourg à la chancellerie du général Ivan Inzov, protecteur en chef des colons des régions méridionales de l’Empire. Le poète avait obligation de résider à Kichinev, en Bessarabie.

Le général Inzov était un homme débonnaire et indulgent. Il traitait le jeune poète tombé en disgrâce avec clémence et ne l’accablait pas de travail. Alexandre Pouchkine demeura à Kichinev jusqu’en juillet 1823. Ces trois années furent celles de l’épanouissement de son lyrisme romantique. Ce fut également à cette époque qu’il commença à travailler à Eugène Onéguine.

Alexandre Pouchkine à Bakhtchissaraï, en Crimée
Legion Media

En juillet 1823, Alexandre Pouchkine fut transféré de Kichinev à Odessa pour servir à la chancellerie du comte Mikhaïl Vorontsov, qui venait d’être nommé gouverneur de Nouvelle-Russie. Le poète découvrit un port cosmopolite, une ville bruyante avec son opéra italien, ses restaurants et sa vie mondaine. Il se plongea avec plaisir dans cette atmosphère. Il fréquentait la résidence des Vorontsov qui lui ouvrirent leur bibliothèque, allait au théâtre et au casino. En treize mois (du 3 juillet 1823 au 31 juillet 1824), il composa deux chapitres et demi d’Eugène Onéguine, le poème Les Tziganes, acheva La Fontaine de Bakhtchissaraï et écrivit plus d’une trentaine de poèmes.

Portrait de la comtesse Elizaveta Vorontsova par Josef Teltscher
Musée national Pouchkine

À son arrivée à Odessa, les relations d’Alexandre Pouchkine avec le comte Vorontsov étaient sans aspérité, mais elles se dégradèrent rapidement. Selon les mémorialistes, la raison en fut la liaison que le poète entretint avec Elizaveta Ksavierevna, la femme du comte Vorontsov. Leur mésentente atteignit son apogée lorsque ce dernier envoya le poète dans le gouvernement de Chersonèse pour « lutter contre les sauterelles ». Le comte Vorontsov demanda ensuite au ministre des Affaires étrangères Karl Nesselrode d’éloigner Alexandre Pouchkine d’Odessa.

Le contenu d’une lettre qu’Alexandre Pouchkine adressa au printemps 1824 à l’un de ses amis à Moscou (les spécialistes de son œuvre hésitent encore entre Piotr Viazemski ou Wilhelm von Küchelbecker) précipita les choses. Dans cette missive qui avait été interceptée et décachetée avant de parvenir à son destinataire, le poète écrivait : « Tu veux savoir ce que je fais. Je compose les strophes fantaisistes d’un poème romantique et je prends des leçons de pur athéisme. Ici, il y a un Anglais, un philosophe sourd, le seul Athée intelligent que j’ai rencontré ». Cet Anglais était le médecin des Vorontsov, William Hutchinson.

Plus tard, Alexandre Pouchkine avoua qu’il avait écrit cette lettre pour « faire du bruit et faire parler » dans son cercle de connaissances. Elle attira aussi et surtout l’attention de la police de Moscou. Le 11 juillet 1824, le comte Nesselrode informa le comte Vorontsov que le gouvernement « avait désormais la conviction » qu’Alexandre Pouchkine « n’a[vait] jamais renoncé à ses mauvais principes ».

Alexandre Pouchkine dans le domaine de Mikhaïlovskoïé par Nikolaï Gay
Vladimir Vdovine / Sputnik

En juillet 1824, l’empereur Alexandre Ier fit connaître sa décision : relever Alexandre Pouchkine du service de l’État pour « inconduite », l’assigner à résidence dans la propriété de sa famille dans le gouvernement de Pskov où il serait placé sous la surveillance des autorités locales. Le 1er août, le poète accompagné du serf Nikita Kozlov quitta Odessa. Le 9 août, il arriva à Mikhaïlovskoïé où il passerait les deux années suivantes.

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