GW2RU
GW2RU

Les reliques de saint Dmitri Donskoï, grand-prince de Moscou du XIVe, sont désormais authentifiées

Sergueï Vlassov/Service de presse du Patriarcat de Moscou/Sputnik
Des travaux de réfection dans l’église de l’Archange-Saint-Michel du Kremlin sont actuellement menés pour en consolider le dallage. Des archéologues ont ainsi eu la possibilité d’étudier les restes que renferme un sarcophage déjà ouvert dans les années 1860 à l’occasion de précédents travaux. Ils sont parvenus à la conclusion que le squelette qui y repose est celui de Dmitri Donskoï, grand-prince de Moscou vainqueur à Koulikovo en 1380, mort en 1389 et canonisé en 1988.

Outre sur Telegram, Fenêtre sur la Russie diffuse désormais du contenu sur sa page VK! Vidéos, publications dédiées à l’apprentissage du russe et plus encore dans notre communauté

Nouvelle ouverture du sarcophage

Le grand-prince de Moscou Dmitri Donskoï mourut de maladie dans sa 39e année le 19 mai 1389. Ainsi que les chroniques nous l’apprennent également, il fut inhumé en l’église de l’archange Saint-Michel du Kremlin, que son grand-père Ivan Ier Kalita avait fait ériger et choisie pour être la nécropole des princes de Moscou. En 1505, le grand-prince Ivan III en confia la reconstruction à l’architecte italien Alosius le Jeune. Les sarcophages des princes et princesses furent extraits de l’église vouée à la destruction puis réinstallés dans la nouvelle en 1508. Dmitri Donskoï fut canonisé par l’Église orthodoxe russe en 1988, à l’occasion du millénaire du baptême de la Russie.

Viatcheslav Prokofiev / Sputnik

Alors que des travaux sont actuellement en cours pour éviter un effondrement du sol de l’église, des spécialistes de l’Institut d’Archéologie de l’Académie des sciences de Russie et des Musées de Kremlin se sont particulièrement intéressés à l’un des trois sarcophages de pierre blanche qui se trouvaient dans un coffrage de brique contre le mur sud de l’église : celui dont ils pensaient qu’il renfermait les restes de Dmitri Donskoï.

La cuve trapézoïdale (forme largement attestée dans la Russie du Nord-Est aux XIIe-XIVe siècles) de ce sarcophage fait 205 cm de long sur 57 cm du côté de la tête et 43 cm du côté des pieds sur 59 cm de haut, indique l’Institut d’Archéologie dans un compte-rendu. Son couvercle rectangulaire est fissuré. Il risquait de se fendre plus encore et de tomber en morceaux à l’intérieur de la cuve.

Viatcheslav Prokofiev / Sputnik

Les archéologues ont constaté que le squelette découvert à l’intérieur de ce sarcophage est complet et en bon état de conservation. Ne manque que le calcanéus gauche qui, selon eux, aurait disparu dans les années 1860, lorsque le sarcophage fut ouvert pendant une précédente campagne de travaux.

Lire aussi : Le saint le plus vénéré de Russie à travers les icônes de différentes époques

L’examen anthropologique a permis de conclure que ce squelette est celui d’un homme de 175-177 cm, c’est-à-dire grand pour son époque, de forte constitution, décédé entre 35 et 45 ans d’une mort non violente, le squelette ne présentant aucune trace de blessures ayant pu entraîner la mort. Ce qui ne contredit en rien ce que les sources scripturaires nous apprennent de Dmitri Donskoï.

Vainqueur des Mongols et bâtisseur du Kremlin

À partir du début des années 1370, Dmitri Ivanovitch de Moscou tenta de mettre à profit les dissensions qui agitaient la Horde d’Or depuis la mort du khan Berdibek en 1359 et causeraient sa dislocation. À plusieurs reprises au cours de son règne, il s’opposa à l’émir (темник) Mamaï, qui avait pris l’ascendant sur les Mongols de la Horde d’Or. Il en battit les armées en août 1378 sur la rivière Voja (un affluent gauche de l’Oka coulant dans l’actuelle région de Riazan). Le 8 septembre 1380, à la tête d’une armée formée de troupes fournies par plusieurs autres principautés russes, Dmitri Ivanovitch infligea une nouvelle défaite aux Mongols de Mamaï. Cette bataille reste connue comme celle de Koulikovo (Champ des Bécasses). Cette plaine se trouve non loin de l’embouchure de la rivière Nepriavda et du fleuve Don – d’où le surnom de Donskoï qu’il reçut –, dans l’actuelle région de Toula. Les historiens ne s’accordent pas sur les estimations des forces en présence. Quel qu’ait été le nombre de combattants, la victoire de Dmitri Donskoï sur les Mongols emmenés par Mamaï prouva que les Russes avaient les capacités de battre ceux qui les maintenaient sous leur joug depuis le milieu du XIIIe siècle.

Evgueni Leonov / Sputnik

La bénédiction donnée Serge de Radonège à Dmitri Ivanovitch avant qu’il ne marche vers le Don et la bataille elle-même sont des épisodes de l’histoire médiévale russe qui ont inspiré des chefs-d’œuvre de la littérature, de l’art de la miniature puis de la peinture.

En 1382, Moscou fut prise et incendiée par les troupes du khan Tokhtamych, qui avait écrasé les armées de Mamaï à l’automne 1380. Cette défaite n’empêcha ni Dmitri Donskoï, ni ses successeurs, de continuer à renforcer la position de Moscou face aux autres principautés russes et à leurs voisins : la grande-principauté de Lituanie à l’ouest et les khanats issus de la dislocation de la Horde d’Or au sud et à l’est.

Viatcheslav Prokofiev / Sputnik

Dans l’histoire russe, le nom de Dmitri Donskoï n’est pas uniquement associé à la gloire d’un chef d’armée. Il fut également un prince avisé et clairvoyant. En 1367-1368, il fit remplacer les remparts du kremlin de Moscou en bois par des murs en calcaire (ce qui explique l’épithète белокаменная / de pierre blanche souvent accolée au nom de Moscou), ce qu’aucun autre prince de la Russie du Nord-Est n’avait encore entrepris. Il soumit les principautés de Rostov et de Riazan. Il affermit le pouvoir de la principauté de Moscou de telle façon qu’il put transmettre son titre de grand-prince à son fils Vassili Ier sans l’aval du khan de la Horde d’Or. Ce fut une autre étape importante sur la voie de la libération totale du joug mongol en 1480.

Dans cette autre publication, découvrez les autres chefs militaires russes devenus saints.