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Pourquoi le patriarche Nikon aveugla-t-il des saints représentés sur des icônes?

Domaine public
Au XVIIe siècle, certains iconographes russes commencèrent à représenter les personnages sur les icônes de façon plus réaliste que ce que la tradition avait instauré. Cela déplût fortement au patriarche Nikon.

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Au milieu du XVIIe siècle, l’Église orthodoxe russe était dirigée par le patriarche Nikon (1605-1681). Né dans une famille paysanne, il avait su, grâce à son esprit brillant et son énergie, devenir le chef de l’Église et un proche conseiller du tsar Alexis Mikhaïlovitch. Il mit en œuvre des réformes d’envergure dont l’essence était la révision des textes en slavon et des rites pratiqués dans l’Église russe d’après le modèle grec jugé plus fidèle à la tradition. Les réformes nikoniennes provoquèrent un schisme dans l’Église orthodoxe russe : ceux qui les refusèrent formèrent l’Église des Vieux-Croyants et furent persécutés.

Portrait du tsar Alexis Ier Mikhaïlovitch
Galerie Tretiakov

L’un des épisodes les plus violents des réformes nikoniennes fut la lutte que le patriarche mena contre les icônes peintes « à la manière italienne » (фряжские иконы. L’adjectif фряжский / friajski était utilisé pour qualifier ce qui venait d’Italie ou de l’Europe méridionale). À cette époque, la Russie avait déjà découvert l’art occidental et certains iconographes se mirent à peindre les images sacrées dans un style plus réaliste inspiré de la peinture italienne. Plus que par la manière plus vivante de peindre, Nikon fut révolté par le fait que ce n’étaient plus tant les saints qui étaient représentés sur les icônes que leurs commanditaires qui posaient pour les iconographes. Le patriarche voyait dans cette pratique une forme de blasphème, les images sacrées se transformant en portraits.

L'icône de Karp Zolotariov La Vierge à l'Enfant, fin du XVIIe siècle
Domaine public

À l’été 1654, Nikon ordonna la saisie de ces icônes peintes d’une manière « hérétique ». Les maisons des nobles et de plus simples citadins furent fouillées. L’archidiacre Paul d’Alep de l’Église orthodoxe d’Antioche, qui voyageait alors en Russie, fut témoin de ces événements et en fit le récit.

Il rapporta que Nikon participa à la destruction des icônes peintes à la manière italienne. Il perça lui-même les yeux des saints qui y étaient représentés. Puis il ordonna aux arquebusiers du tsar de porter ces icônes par les rues de Moscou. Les crieurs publics hurlaient le texte d’un décret promettant un châtiment à tous ceux qui, à l’avenir, feraient peindre de telles icônes ou en conserveraient chez eux. Nikon ne voulait pas seulement détruire ce qu’il considérait comme la manifestation d’une hérésie, mais faire peur à la population.

Le patriarche Nikon au monastère de la Nouvelle Jérusalem
Galerie Tretiakov

Toujours selon Paul d’Alep, Nikon cassa les icônes en morceaux qu’il jeta au feu. L’acharnement du patriarche inquiéta le tsar Alexis Mikhaïlovitch. Il ordonna que les icônes ne soient plus brûlées mais enfouies dans la terre, comme il était d’usage de le faire avec des images déjà anciennes qui ne pouvaient plus être restaurées. Certaines icônes ne furent pas détruites. Les visages furent abrasés et de nouveaux répondant strictement aux canons iconographiques byzantins furent peints à leur place.

Lors du concile de 1656, les icônes « à la manière italienne » furent définitivement condamnées. Le concile frappa d’anathème tous ceux qui désormais peindraient et détiendraient de telles icônes. Celles qui avaient échappé à la confiscation furent déclarées hérétiques et promises à la destruction.

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