Résurrection, le roman dans lequel Tolstoï rendit hommage et s’opposa à Dostoïevski
Outre sur Telegram, Fenêtre sur la Russie diffuse désormais du contenu sur sa page VK! Vidéos, publications dédiées à l’apprentissage du russe et plus encore dans notre communauté
Léon Tolstoï et Fiodor Dostoïevski ne se connaissaient pas personnellement. Mais l’auteur de Guerre et Paix lisait attentivement les œuvres de celui des Possédés et réfléchissait avec l’acuité d’esprit qui le caractérisait. Léon Tolstoï avait dans sa bibliothèque des exemplaires de Crime et Châtiment et des Frères Karamazov qu’il avait scrupuleusement annotés. On sait d’après ses journaux et sa correspondance qu’il les lut plusieurs fois. Il considérait le premier chapitre de Crime et Châtiment comme un chef d’œuvre, ce qui ne l’empêchait pas d’en critiquer l’auteur pour son style littéraire relâché et la psychologie fantaisiste qu’il prêta à son personnage principal. Léon Tolstoï ressentit comme une perte la mort de Fiodor Dostoïevski qu’il considérait comme « la personne qui [lui] était la plus nécessaire, la plus chère, la plus proche ».
Ce fut précisément cette proximité d’esprit, en dépit de dissensions profondes, qui engendra chez Léon Tolstoï le phénomène de « réécriture » dont son roman Résurrection est l’expression. Dans Crime et Châtiment, Fiodor Dostoïevski étudie la source intérieure du mal chez un homme en particulier (la révolte de Raskolnikov contre Dieu et sa conscience). Dans Résurrection, Léon Tolstoï, quant à lui, met en exergue la nature sociale du crime. Selon lui, le mal ne réside pas tant que l’âme de tel ou tel que dans l’ordre social vicié.
Léon Tolstoï repensa aussi l’un des ressorts de L’Idiot. Le prince Mychkine de Fiodor Dostoïevski tente de sauver l’âme perdue qu’est Nastassia Filippovna, sans avoir en rien été responsable de sa dépravation. Le prince Nékhlioudov de Léon Tolstoï séduit Katioucha Maslova, se repend de l’avoir précipitée dans la prostitution et essaie de racheter sa faute.
Les Souvenirs de la Maison des Morts exercèrent une profonde influence sur Léon Tolstoï. Il lut et relut ce texte qu’il considérait comme « étonnant, édifiant ». Il fut la source de ses réflexions sur le monde carcéral et de sa compréhension de l’incommensurabilité du crime et de la peine.
Ainsi que le relèvent de nombreux philologues spécialistes de l’œuvre des deux écrivains, Résurrection est la réponse de Léon Tolstoï à Fiodor Dostoïevski. Les deux hommes s’accordaient sur un point : la souffrance est la condition de la nécessaire renaissance spirituelle. Mais, ils indiquèrent des voies différentes pour y parvenir.
Dans cette autre publication, découvrez les sept écrivains russes les plus bagarreurs.