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Qui étaient ces trois résistants récemment honorés près de Paris par l’association Mémoire Russe?

À l’approche du 81e anniversaire de la Victoire, l’association Mémoire Russe, en présence de représentants de l’Ambassade de la Fédération de Russie et d’associations de compatriotes en France, a installé au cimetière de Bagneux, près de Paris, trois plaques commémoratives dédiées aux résistants. Qui sont ces personnes et quel lien ont-elles avec la Russie? Découvrez-le dans notre article.

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Sergueï Dybov, qui vit en France depuis trente ans, s’est consacré à la préservation de la mémoire des personnes originaires de Russie et de l’URSS ayant péri en France. Avec ses compagnons de l’association Mémoire Russe qu’il a fondée, il mène des recherches archivistiques, étudie les lieux d’événements historiques et installe des plaques sur les tombes, dans le but de faire connaître au grand public ces héros méconnus.

L’une des dernières initiatives de l’association a été un projet visant à installer, au cimetière de Bagneux, des plaques commémoratives en l’honneur de résistants ayant un lien avec la Russie. Le 5 mai, la mémoire des trois figures ci-dessous présentées a ainsi été solennellement honorée.

Léon Mirlesse (1881-1943) – participant à la révolution russe de 1905, ingénieur français et membre de la Résistance

C’est en travaillant sur son livre La vraie histoire du régiment aérien Normandie-Niémen que Dybov a découvert pour la première fois l’existence de Léon (Lev) Mirlesse. « À l’époque, j’ai beaucoup écrit sur son fils, Albert, grâce auquel est d’ailleurs né le célèbre escadron franco-soviétique, qui fait aujourd’hui l’objet de nombreuses légendes, relate-t-il. Finalement, la biographie de son père a elle aussi fini par m’intéresser ».

Albert Mirlesse et le pilote du régiment Normandie-Niémen, Albert Durand. Moscou, 1943
Domaine public

En étudiant les documents liés à la vie de Léon, Sergueï a découvert qu’il avait participé à la première révolution russe. « Il a quitté son pays natal en raison des persécutions des autorités tsaristes et s’est installé en France avec sa femme, une pianiste moscovite », précise Dybov.

Dans l’Hexagone, Mirlesse a terminé ses études d’ingénieur et a commencé à exercer son métier. « Il a offert à la France bon nombre d’inventions assez intéressantes ; notamment, avec son fils, il a inventé des moyens empêchant le givrage des avions, et, pendant la Seconde Guerre mondiale, un système de lutte contre les aérostats, qui a permis aux Français d’effectuer en toute sécurité des vols sur la ligne Maginot en direction de l’Allemagne nazie, ainsi qu’une poêle spéciale pour cuisiner en utilisant un minimum de feu, ce qui était très demandé en raison de la pénurie de bois et d’essence ».

Dybov reconnaît toutefois qu’il ne peut pas dire avec certitude quand Léon a rejoint la Résistance. « On sait seulement avec certitude qu’en 1941, il a été déchu de sa nationalité française par le gouvernement de Vichy, qu’en 1942, il a été arrêté par la Gestapo pour avoir participé à des activités clandestines, et que le 2 octobre 1943, il a été fusillé au fort du Mont-Valérien avec 1 400 autres opposants au nazisme, parmi lesquels se trouvaient encore une centaine de personnes originaires de Russie », explique le fondateur de Mémoire Russe.

Jacques (Iakov) Povolotski (1881-1945) – éditeur diffusant la culture russe en France et membre de la Résistance

Domaine public

Le nom de cet immigrant originaire de l’Empire russe est avant tout associé à l’activité d’éditeur. Sa petite boutique, située dans les années 1920-1930 à Paris, au 13 rue Bonaparte, attirait le public français avec des nouveautés intéressantes. « Il publiait en langue de Molière les classiques russes – Tchekhov, Bounine, Goumilev –, mais aussi les ouvrages de Denikine, Savinkov et Lénine. Vu de l’extérieur, cette ligne éditoriale semblait très controversée et on l’a même accusé d’espionnage », raconte le fondateur de Mémoire Russe.

L’information concernant la participation de Povolotski au mouvement de la Résistance a été une découverte fortuite pour Dybov. « J’ai appris ce fait peu connu de la biographie de Iakov en rassemblant des informations pour le livre 100 émigrés russes dans la Résistance française. Entre autres, son dossier indiquait qu’il avait été enterré à Bagneux ».

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En étudiant les documents, Dybov a en outre découvert que, sous la direction de Povolotski, qui s’était donné le pseudonyme de Jacques de Saint-Martin, il existait tout un détachement de partisans composé d’anciens prisonniers de guerre soviétiques, qui menait des actions de sabotage sur les terres du célèbre maquisard Georges Guingouin, c’est-à-dire dans le Limousin. « Pendant la guerre, le Limousin était l’une des plus grandes régions de résistance, et les Allemands surnommaient la ville locale de Limoges "la petite Russie", tant il y avait là-bas de personnes originaires de Russie. C’est précisément au cœur de ces événements que se retrouva Iakov », explique Dybov.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Povolotski s’occupa du rapatriement des anciens prisonniers de guerre soviétiques vers leur patrie et, pour ses efforts et ses soins, fut surnommé « bon père » par ses compatriotes. Malheureusement, à la fin de l’année 1945, sa vie fut tragiquement interrompue par un accident de voiture.

Suzanne Spaak (1905-1944)

Legion Media

Lors de l’une de ses visites au cimetière de Bagneux, Sergueï Dybov a découvert par hasard, à proximité du cimetière militaire soviétique, la tombe de la Belge Suzanne Spaak, membre de la « Chapelle rouge » – un réseau de groupes autonomes de la Résistance européenne entretenant des contacts avec les services de renseignement de l’URSS.

Suzanne était mariée à Claude Spaak, issu de la famille des « Kennedy belges ». L’un de ses frères avait été Premier ministre de Belgique, tandis qu’un autre était scénariste et avait notamment écrit le scénario du film Normandie-Niémen, très connu en URSS.

Après l’occupation de la France, Claude et Suzanne, qui vivaient à Paris, rejoignirent les rangs de la Résistance. Comme d’autres membres de la Chapelle rouge, ils recueillaient des renseignements importants et participaient au sauvetage de Juifs. Ils étaient proches de l’un des agents importants de la Chapelle rouge, Leopold Trepper, qu’ils aidaient à se cacher de la Gestapo. Malheureusement, quelques jours avant la libération de Paris, Suzanne fut arrêtée, puis fusillée.

« La plaque de Spaak à Bagneux ne faisait aucune mention de sa participation à la Chapelle rouge. Ne sachant pas si je reviendrais un jour travailler dans ces lieux, j’ai décidé d’honorer sa mémoire », confie le fondateur de Mémoire Russe.

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