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Cinq choses à savoir sur le monument L’Ouvrier et la Kolkhozienne de Vera Moukhina

Дмитрий Серебряков / TASS
L’Ouvrier et la Kolkhozienne n’est pas seulement un monument. Cette sculpture est un des symboles de Moscou et de ses studios de cinéma.

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1. Créé par une femme sculpteur

L’Ouvrier et la Kolkhozienne, qui est certainement le monument soviétique des années 1930 le plus connu, est l’œuvre d’une femme sculpteur qui n’était issue ni d’un milieu paysan, ni d’un milieu ouvrier. Vera Moukhina naquit à Riga en 1889 dans une famille de marchands. Dans sa jeunesse, elle se passionna pour l’impressionnisme et l’avant-garde. Elle étudia la sculpture à Paris, notamment auprès d’Antoine Bourdelle.

Vera Moukhina
Alexandre Gribovski / TASS

Après la Révolution d’octobre, elle mit ses talents au service du pouvoir soviétique. Elle fit des esquisses de vêtements de travail pour les femmes, sculpta les statues de révolutionnaires et d’artistes en vue. Vera Moukhina s’imposa progressivement comme l’un des idéologues du réalisme socialiste en sculpture. À qui d’autre qu’elle alors confier la réalisation d’un monument voulu comme le symbole de la puissance du jeune État soviétique ?

2. Exposé pour la première fois à Paris en 1937

Lors de l’Exposition universelle de Paris en 1937, le monument de vingt-quatre mètres de haut L’Ouvrier et la Kolkhozienne s’élevait au-dessus du pavillon soviétique. Boris Iofan, l’architecte qui avait conçu ce hall d’exposition, expliqua ainsi le projet : « Un jeune homme et une jeune femme incarnent les maîtres de la terre soviétique : la classe ouvrière et la paysannerie des kolhozes. Ils portent haut les emblèmes du Pays des Soviets : la serpe et le marteau ».

Domaine public

Les jours de soleil, la composition brillait tellement qu’on avait l’impression que les deux figures se soulevaient. L’impression de vol et de mouvement était renforcée par la longue écharpe que la kolkhozienne tient au vent de sa main gauche. Cet ensemble avait aussi une dimension politique : sa taille et la puissance qui en émanait devaient faire de l’ombre à l’aigle du Troisième Reich qui lui faisait face.

La presse française s’enthousiasma pour cette composition qu’elle qualifia de plus grands monuments du XXe siècle. Pablo Picasso lui-même resta admiratif des « géants soviétiques ».

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3. Fait dans un alliage très particulier

Le monument est fait de plaques d’un acier au chrome-nickel inoxydable. Cet alliage fut mis au point par le professeur de technologie des métaux Piotr Lvov et avait déjà été utilisé pour le fuselage d’avions.

Legion Media

Ce métal ne fut pas choisi au hasard : il reflétait la lumière mieux que ceux traditionnellement utilisés pour les sculptures. C’était une qualité essentielle pour que le monument se détache dans le paysage urbain du Paris de l’année 1937.

Mikhaïl Fomitchev / Sputnik

La fonte des plaques prit plus de trois mois. Celles destinées à former l’écharpe furent les plus difficiles à fabriquer : cet élément pèse en tout plus de cinq tonnes et devait être assemblé sans reposer sur aucun appui. Ce fut pourquoi on mit au point une armature spéciale. 

ladimir Fedorenko / Sputnik

Joseph Staline approuva lui-même le projet. À Moscou, on démonta la sculpture en soixante-cinq morceaux qui furent transportés à Paris en train dans vingt-huit wagons.

4. Modèles antiques et soviétiques

Une des sources d’inspiration de Vera Moukhina fut l’ensemble des Tyrannoctones. Les deux statues d’Harmodios et Aristogiton, qui tendent chacun un bras vers l’avant, avaient été placées de façon à être dos à dos. On distingue aussi dans l’œuvre du sculpteur soviétique (en particulier dans le mouvement donné à la figure féminine) l’influence de la Victoire de Samothrace.

Victoire de Samothrace
Marie-Lan Nguyen

Vera Moukhina prit pour modèle de la kolkhozienne une jeune membre des komsomols âgée de dix-huit qu’elle avait croisée par hasard. Les modèles de l’ouvrier étaient deux : le corps est celui du danseur de ballet Igor Bassenko et le visage aux traits « prolétariens », celui d’un ouvrier qui creusait le métro qu’elle avait remarqué lors d’un défilé de gymnastes.

5. Domine aujourd’hui le VDNKh

Après l’Exposition Universelle de Paris, la sculpture L’Ouvrier et la Kolkhozienne repartit pour Moscou où elle fut réassemblée près du parc d’exposition VDNKh qui allait être inauguré. L’installation se fit dans la précipitation : ce fut pourquoi elle fut érigée sur un piédestal moins élevé que ce que voulait Vera Moukhina. Ce ne fut qu’en 2009, à l’occasion de la restauration du monument, qu’on lui construisit un piédestal de trente-quatre mètres de haut, comme celui que Vera Moukhina et Boris Iofan avaient espéré. 

Legion Media

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