Huit tableaux de peintres russes qui inspirent la frayeur
Outre sur Telegram, Fenêtre sur la Russie diffuse désormais du contenu sur sa page VK! Vidéos, publications dédiées à l’apprentissage du russe et plus encore dans notre communauté
Mikhaïl Klodt. Ivan Le Terrible et les Ombres de ses Victimes, vers 1855
Une légende raconte qu’Ivan IV le Terrible aurait vu, avant de mourir, les fantômes de ceux qu’il avait fait mettre à mort. Le tsar était souvent tourmenté par la crainte d’un complot contre sa personne. Durant la période dite de l’opritchnina (1565-1572), pendant laquelle les terres de la Moscovie étaient divisées entre la réserve du souverain et le reste, il lançait des campagnes punitives contre des traîtres imaginaires. Des villes entières en furent victimes : Klin, Tver, Novgorod, Pskov. Les miliciens de l’opritchnina tuaient sans distinction. Se repentant de ses actes, Ivan le Terrible fit établir une liste de défunts à commémorer. Connue comme синодик опальных / synodikon des disgraciés, cette liste comporte environ 3 200 noms. Le tsar la fit porter dans des monastères avec des dons pour que les moines prient pour le repos de l’âme de ses victimes.
Ivan Kramskoï. La Somnambule, 1871
Durant l’été 1871, Ivan Kramskoï se rendit à Khoten, un village du gouvernement de Kharkov. Il y arriva de nuit. Son attention fut immédiatement attirée par un jardin plongé dans l’obscurité et par la lueur de la lune. Il eut alors l’impression que des spectres allaient apparaître sur le sentier qui le menait à la maison où il allait loger ou que des roussalki allaient se mettre à chanter. « Cette nuit, j’attendis des fantômes. Ils ne vinrent pas », écrivit-il avec humour à ses proches. Son imagination artistique fit le reste : le peintre rentra de Khoten avec deux tableaux : Les Roussalki et La Somnambule.
Mikhaïl Mikechine. La Sorcière Chevauchant Khoma Brout, 1882
Mikhaïl Mikechine est connu pour être l’un des auteurs du monument commémorant Le Millénaire de la Russie à Novgorod. Il illustra de nombreuses œuvres d’Alexandre Pouchkine et de Nicolas Gogol. Ce dessin est extrait d’une série d’illustrations de Vij, un des récits fantastiques du premier cycle de nouvelles de Nicolas Gogol.
Lire aussi : Cinq histoires extraordinaires de la vie de Nicolas Gogol (qu’il inventa peut-être)
Ivan Aïvazovski. À la Mort d’Alexandre III, 1890
Ivan Aïvazovski ne montra jamais cette toile à personne. Elle devait célébrer le triomphe de la vie sur la mort. Mais, comme on peut s’en convaincre, elle est pour le moins morne. En regardant ce tableau sous un certain angle, on dirait que des ombres s’extraient de la brume qui enveloppe la forteresse Pierre-et-Paul ; sous un autre, que l’impératrice douairière se transforme en un homme à moustache. Il ressemble à l’un des terroristes qui attenta à la vie du tsar ou à son héritier, le futur Nicolas II. Cette toile fut montrée pour la première fois au public en 2003. Elle est depuis exposée seule dans une des salles du musée de Théodosie.
Mikhaïl Vroubel. Le Démon Terrassé, 1901–1902
Mikhaïl Vroubel se mit à peindre en même temps deux tableaux – Le Démon Volant et Le Démon Terrassé - qui représentaient un seul et même personnage. Petit à petit, il ne pensa qu’à la seconde toile à laquelle il finit par se concentrer exclusivement. Le résultat ne lui convenait jamais et il peignit et repeignit ce démon vaincu. En 1902, Le Démon Terrassé fut exposé à Saint-Pétersbourg à un salon organisé par l’association d’artistes Le Monde de l’Art (Мир искусства). Toujours insatisfait, Mikhaïl Vroubel continua de reprendre le personnage du démon. On raconte qu’il en refit le visage au moins quarante fois. L’état psychique de l’artiste se détériora à tel point qu’il fut interné dans une clinique psychiatrique.
Viktor Borissov-Moussatov. Les Spectres, 1902
Viktor Borissov-Moussatov peignit cette scène empreinte de mélancolie sur le domaine de Zoubrilovka, dans le gouvernement de Penza, où il passa un été avec sa sœur et sa fiancée. Au début de l’automne, elles partirent, le laissant seul dans cette campagne. Le temps se dégrada progressivement. Un soir, le peintre prêta une attention particulière au soleil baignant de ses derniers rayons une vieille maison. Cette lumière lui inspira ce paysage mélancolique dans lequel la brume engloutit le domaine d’où s’éloignent deux spectres de femmes.
Pavel Filonov. Le Festin des Rois, 1913
En 1936, une commission vint inspecter l’atelier de Pavel Filonov. Sa femme, Ekaterina Serebriakova, indiqua à ses membres : « Je le dis : ils sont tous là : Hitler, Chamberlain, Mussolini et tous les fascistes de la terre... ». Pavel Filonov peignit cette toile un an avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il y exprima sa crainte de l’avenir et son pressentiment du malheur qui allait frapper le monde. Le poète Velimir Khlebnikov vit dans ce tableau « le festin des cadavres, le festin de la vengeance ».
Viktor Vasnetsov. Baba Iaga, 1917
Un garçonnet en proie à la terreur regarde vers le bas, vers un marais où grouillent des serpents. Baba yaga, qui vole sur son balai, tient l’enfant sous son bras gauche. Elle vient de l’enlever en ayant pris les traits de sa mère. Elle porte encore un sarafan et un kokochnik, signes distinctifs des femmes mariées. À l’arrière-plan se lève une lune écarlate et les arbres de la forêt ploient pour lui faire un passage. Viktor Vasnetsov s’inspira pour cette toile du conte Ivachko et la Sorcière et y travailla une vingtaine d’années. Il l’acheva en 1917.
Dans cette autre publication, découvrez les personnages les plus effrayants des films soviétiques et russes.