Comment écrit-on les noms propres étrangers en russe?
Outre sur Telegram, Fenêtre sur la Russie diffuse désormais du contenu sur sa page VK! Vidéos, publications dédiées à l’apprentissage du russe et plus encore dans notre communauté
Les cas de Franklin et Washington
En russe, le prénom de Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs des États-Unis, n’a été ni transcrit, ni translittéré. La forme choisie a été celle familière à l’oreille russe : Вениами́н / Veniamine.
L’une des difficultés lorsqu’un nom étranger commence à être employé en russe est son accentuation. Comme on le sait, la capitale des États-Unis a été nommée en l’honneur de George Washington. En anglais, dans le nom de famille, l’accent tonique frappe la première syllabe. Au XVIIIe siècle, le français était la langue de la diplomatie et les noms des personnes célèbres étaient prononcés à la française. C’est pourquoi, l’accent tonique tombe traditionnellement en russe sur la dernière syllabe : Вашингто́н.
Aujourd’hui, dans le Dictionnaire des noms propres de la langue russe, on apprend que l’accent tonique varie. Quand il s’agit du premier président des États-Unis, l’accent frappe, comme en anglais, la première syllabe : Джордж Ва́шингтон. Quand il s’agit de la ville, il frappe la dernière syllabe : Вашингто́н.
Il existe un autre cas. Le nom du mathématicien, physicien et astronome Isaac Newton en est une bonne illustration. En russe, au XVIIIe siècle, son nom était Невтон. Ce n’est que plus tard que la forme Ньютон s’imposa. L’accent tonique frappe au choix la première ou la seconde syllabe.
Le nom de l’unité de force est ньютон. Le Grand Dictionnaire de l’Accentuation admet que l’accent tonique tombe sur l’une ou l’autre syllabe : нью́тон ou ньюто́н. D’autres dictionnaires n’admettent que нью́тон.
Dans les versions russes des prénoms Arthur et Albert, l’accent tonique est soit sur la première, soit sur la seconde syllabe. Les recommandations des dictionnaires sont équivoques et dépendent de la langue source : А́ртур Миллер mais Арту́р Шопенгауэр ; А́льберт Гор mais Альбе́рт Эйнштейн.
Comment Harry Potter est-il devenu Garry Potter?
En Russie, beaucoup prononçaient autrefois la lettre « г » comme la fricative sourde « h » [ɣ] (ce qui reste aujourd’hui caractéristique des dialectes du sud de la Russie). C’est pourquoi le prénom anglais Harry a pris la forme de Гарри et les prénoms allemands Hans et Heine, celles de Ганс et Гейне. Plus tard, à un stade ultérieur de la langue russe, on a vu apparaître les formes Харри et Ханс.
Le nom espagnol de Juan était fréquemment translittéré par Жуа́н. On lui préfère aujourd’hui la forme Хуа́н. Dans Le Convive de Pierre, Alexandre Pouchkine utilise la forme Гуа́н.
Subtilités sanscrites
En russe sont admises les deux accentuations du nom du dieu hindou du feu : А́гни et Агни́ (en sanscrit :अ॒ग्नि). On notera que ce nom et le mot russe огонь / feu remontent à la même racine proto-indo-européenne.
Le nom de Brahma (en sanscrit : ब्रह्मा), la divinité démiurge hindoue qui a créé l’univers à partir de la matière primordiale, s’écrivait autrefois Бра́ма et aujourd’hui Бра́хма. De même que les brahmanes étaient appelés брами́ны et le sont aujourd’hui брахма́ны. Selon toute vraisemblance, prononcer [хм] avec une aspiration était autrefois pénible pour les locuteurs natifs.
Le nom de l’épopée hindoue Mahabharata (en sanscrit : महाभारत) a d’abord été transcrit : Магаба́рaта et Магабха́рата puis Махабха́рата.
En russe, Sri-Lanka, qui signifie en sanscrit « la terre bénie », peut être différemment accentué : Шри-Ла́нка ou Шри-Ланка́.
Évolutions chinoises
Le nom de la capitale de la République populaire de Chine – 北京 [Běijīng] qui signifie la « capitale du Nord » – est en russe Пеки́н. Cette forme a été empruntée aux langues de l’ouest de l’Europe. Au contact de locuteurs de dialectes du sud de la Chine, les Européens fixèrent les formes Pachin, Paquin, Pekin, Pequin, etc, alors que les habitants de Pékin et les locuteurs du mandarin standard (langue chinoise littéraire) prononcent le nom de la capitale chinoise autrement.
Entre 1368 et 1421 (au début de la dynastie Ming) et entre 1928 et 1919, Pékin portait en chinois le nom de 北平 [Běipíng], ce qui signifie « le calme du Nord ». La forme russe est Бэйпи́н. En dépit de la similitude entre 北 京 [Běijīng] et 北平 [Běipíng], leur étymologie est différente.
En russe, Pékin prend aussi la forme Бэйцзин, relativement proche de la prononciation chinoise standard. Par exemple, le nom des journaux Бэйцзи́н жиба́о (Le Quotidien pékinois) et Бэйцзи́н ваньба́о (La Journal Pékinois du Soir), ainsi que le nom du clubs de football, dont le Бэйцзи́н Гоа́нь (Beijing Guoan).
La version intégrale de cet article a été publiée en russe sur le site de Gramota.ru.
Dans cette autre publication, découvrez pourquoi certains noms de famille russes se terminent par «off».