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Comment lutte-t-on en Russie contre les emprunts abusifs à l’anglais?

Razmik Zakarian/URA.RU/TASS
Depuis le 1er mars 2026, une loi régule l’utilisation dans l’espace public de mots empruntés aux langues étrangères.

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Du fait de la mondialisation et des tendances véhiculées par internet, la langue russe subit depuis plusieurs décennies déjà l’assaut d’anglicismes. Le processus d’emprunt à l’anglais est devenu littéralement incontrôlable et contredit le bon sens élémentaire : beaucoup remplacent, parfois sans plus sans rendre compte, des mots d’origine russe par des mots étrangers.

Cette tendance est particulièrement marquée dans les media et les blogs, dont les contenus sont diffusés dans l’espace public. Beaucoup ne disent plus « случай » / « cas » mais « кейс » (emprunt de l’anglais « case ») ; ni « подделка » / « faux » mais « фейк » (emprunt de l’anglais « fake »), c’est-à-dire qu’ils utilisent des calques de mots étrangers alors que des mots qui signifient la même chose existent en russe. Il n’est plus rare de voir sur les vitrines des magasins non plus « скидка » / « réductions, rabais » et « распродажа » / « soldes », mais le mot anglais écrit en caractères latins « sale ».

Le 1er mars 2026, des amendements à la loi De la langue d’Йtat de la Fédération de Russie sont entrés en vigueur, qui limitent l’utilisation en russe d’emprunts étrangers, à commencer par les anglicismes.

En 2025, dans cette perspective, une circulaire gouvernementale avait listé les dictionnaires fixant les normes de la langue d’État.

« La loi considère l’emploi de mots étrangers comme une infraction aux droits des citoyens. En l’occurrence, à leurs droits de consommateurs à obtenir des informations compréhensibles sur les produits et les services, explique Anton Soldatov, rédacteur du site Грамота.ру. De nombreux néologismes ne sont pas entrés dans les dictionnaires et n’ont donc pas de définitions. En cas de litige, les consommateurs ne pourront donc se référer à quoi que ce soit [...] Rospotrebnadzor (service fédéral de surveillance en matière de protection des droits de consommateurs  – ndlr) part du principe que toute information sur un produit ou un service doit être compréhensible des consommateurs sans qu’ils n’aient besoin d’avoir recours à un dictionnaire, à un traducteur ou sans qu’il n’aient à connaître des langues étrangères ».

Où l’utilisation des anglicismes est-elle maintenant limitée?

Les emprunts aux langues étrangères doivent avant tout disparaître de l’espace public pour que tout un chacun puisse faire ses choix de consommation de produits et de services en comprenant de quoi il est question. Cela concerne :

  • les enseignes, les panneaux indicateurs, les panonceaux et signes informatifs
  • les inscriptions à l’extérieur des bâtiments
  • les sites et les pages internet dont le contenu concerne le commerce et les services

À la différence des blogs des entreprises, les blogs personnels ne sont pas soumis à la loi sur « l’information des consommateurs ». De même que la correspondance interne des entreprises (instructions aux employés, notes de services, etc.) et commerciale entre entreprises.

La priorité de la langue de l’État (le russe) est obligatoire dans de nombreux domaines : publicité, media, cinéma (notamment pour les traductions de films étrangers), manifestations culturelles, éducation, documents administratifs, documents judiciaires et notariés, élections et référendum.

L’utilisation d’enseignes uniquement en langues étrangères et celle de mots étrangers sur les supports publicitaires sont passibles d’amendes.

Les anglicismes disparaîtront-ils complètement de la langue russe?

La réponse est non. Les entreprises ont le droit de traduire les informations qu’elles souhaitent porter à la connaissance du public dans les langues des peuples de la Russie et dans des langues étrangères, à condition de respecter ces trois règles :

  • le texte en russe doit être donné en premier
  • la taille de la police du texte en russe ne peut être plus petite ou moins visible que celle de la police du texte en langue étrangère
  • les textes en langues différentes devront signifier exactement la même chose ; il est interdit d’écrire « Бьюти Студия » pour « Beauty Studio ». Dans ce cas, seul « Студия Красоты » est autorisé

Par ailleurs, un dictionnaire d’emprunts étrangers considérés comme déjà fixés dans la langue russe a été compilé sur instruction du gouvernement pour répondre aux dispositions de la loi « De la langue d’État de la Fédération de Russie ». Des mots comme « кешбэк, каршеринг, коворкинг, окей » / « cashback, carsharing, coworking, OK » n’y figurent pas. Il faut donc leur trouver des équivalents russes.

Les marques qui ont enregistré leurs noms auprès de Rospatent (service fédéral de la propriété intellectuelle) – par exemple : Nike, Ozon, Wildberries – ne seront pas obligées de russifier leurs noms.

Dans cette autre publication, découvrez dix mots français qui n’existent pas dans la langue russe.