Qui était la première femme russe à avoir navigué dans l’océan Arctique?
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«La femme de Monsieur le Lieutenant»
Au XVIIIe siècle, la place des femmes était à la maison où elles devaient s’occuper de leurs enfants et de leur ménage. C’était certainement la conception du mariage que se faisait Tatiana Kondyrieva. Mais, elle avait un mari hors-du-commun. L’officier de marine Vassili Prontchichtchev avait été l’un des meilleurs élèves de l’Académie de Marine de Saint-Pétersbourg. Il avait pris part à la Guerre Russo-Persane de 1722-1723, dont le théâtre fut le Caucase et la partie ouest de la mer Caspienne : il avait alors servi sur le « Friedrichstadt », un vaisseau de ligne armé de quatre-vingt-dix canons. En 1732, il avait été nommé commandant du groupe Léna-Iénisseï de la Grande Expédition du Nord dirigée par Vitus Béring avec pour mission d’explorer le littoral entre les embouchures de la Léna et de l’Iénisseï et d’établir une nouvelle route de navigation dans cette partie de l’océan Arctique.
Vassili Prontchichtchev partit pour Iakoutsk accompagné de sa femme. Ils s’étaient mariés peu de temps avant leur départ de Moscou. Il n’y avait rien d’exceptionnel à ce qu’un homme rejoigne le lieu d’où il partirait pour accomplir sa mission avec sa femme et ses enfants. Ils restaient à l’attendre le temps qu’il rentre. Mais, Tatiana Prontchichtcheva fut la première à suivre son mari dans des terres inconnues pour y chercher « des métaux précieux et des minéraux » et localiser « tous les bons lieux d’étape [sur terre – ndlr] et les haltes fluviales déjà aménagées ».
On ne sait pas pourquoi Vassili Prontchichtchev quitta Iakoutsk avec sa femme. Il est possible qu’un serf qui les avait accompagnés jusque-là leur ait volé tout leur argent et se soit enfui. L’officier de marine n’aurait plus eu de quoi louer un logement à sa femme ou la renvoyer à Moscou. Quoi qu’il en soit, dans le journal de bord du Iakoutsk (un bateau à voile et à rame pour la navigation sur les fleuves), on trouve la trace d’une « femme de Monsieur le Lieutenant », dont le prénom n’est pas indiqué.
Hivernage sur le fleuve Oleniok
Le 30 juin 1735, l’unité commandée par Vassili Pontchichtchev commença son voyage sur la Léna. Au mois d’août, elle atteignit le delta du fleuve et s’engagea vers l’ouest. À mesure de sa progression, elle établit des cartes précises. Elle choisit un endroit pour passer l’hiver à l’embouchure du fleuve Oleniok. Les hommes y construisirent une isba. Ce ne fut qu’en août de l’année suivante que le Iakoutsk put reprendre sa navigation sur l’océan Arctique après la fonte de la banquise. Il atteignit ensuite le détroit de Khatanga puis longea la côte est de la péninsule de Taïmyr. Les membres de l’expédition continuèrent leur travail de cartographie. Parvenus au 77° de latitude nord, ils comprirent que la banquise ne leur permettrait pas de poursuivre leur progression et firent marche arrière jusqu’au lieu de leur hivernage sur l’Oleniok.
En descendant à terre pour partir en reconnaissance, Vassili Pontchichtchev se cassa une jambe et mourut rapidement des complications de ce traumatisme. Quatorze jours plus tard, le journal de bord enregistra le décès de sa femme. On ne sait pas si la cause en fut le scorbut ou une autre maladie. Même dans la mort, les deux époux restèrent inséparables : ils furent enterrés l’un à côté de l’autre sur la côte du cap Toumoul.
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Un prénom resté longtemps inconnu
L’unité qu’avait commandée Vassili Prontchichtchev découvrit des îles au large de la péninsule du Taïmyr, fut la première à cartographier le cours du fleuve Léna et le littoral de son embouchure jusqu’à la baie de Thadée au nord de la péninsule de Taïmyr, décrivit les conditions météorologiques de la région et le calendrier de la formation et de la fonte de la banquise. Elle fut aussi la première à avoir, ne serait-ce que non officiellement, une femme dans ses rangs.
En 1913, Boris Vilkitski, qui avait le commandement d’une expédition hydrographique dans l’océan Arctique, donna à l’un des caps de la péninsule de Taïmyr donnant sur la mer des Laptev le nom de Prontchichtcheva. Une baie et une station polaire installée sur sa côte porte aussi le nom de cette femme.
Le prénom de Tatiana Prontchichtcheva fut découvert dans des documents d’archives en 1983.
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