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Double portrait sur fond de siècle: l’exposition consacrée à Prokofiev et Chostakovitch à Paris

Domaine public

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Le 24 juin, la Maison russe de la capitale française inaugure une nouvelle exposition qui, cette fois, invite le public parisien à découvrir la vie et l’œuvre de deux grands compositeurs russes: Sergueï Prokofiev et Dmitri Chostakovitch. Intitulée Double portrait sur fond de siècle, elle retrace les chemins parallèles qu’ont suivis ces génies du XXe siècle, sans jamais se croiser ni se contredire: tous deux reflétaient les tendances musicales et stylistiques de leur temps, traversèrent à leur manière les expérimentations de la « nouvelle musique » des années 1920, et construisirent leur langage unique dans ce que l’on pourrait appeler « l’art de la réalité saisie ».

En consultant les manuscrits, les éditions de partitions et les photographies d’archives, les visiteurs de la Maison russe pourront explorer les premières œuvres des compositeurs à l’époque de la mise en place de leur style, ainsi que les nouveaux thèmes et images qu’ils ont apportés dans le domaine musical. Afin d’écouter des enregistrements de leurs compositions, il suffira de pointer l’appareil photo de son téléphone vers les QR‑codes disposés sur les panneaux.

L’exposition mettra tout particulièrement en lumière les œuvres écrites par les compositeurs pendant la Seconde Guerre mondiale : la Cinquième Symphonie et l’opéra Guerre et Paix de Prokofiev, et les Septième et Huitième Symphonies de Chostakovitch. « Tous deux ressentaient intensément leur époque, étaient des patriotes et des créateurs d’œuvres marquantes sur la guerre et la paix », déclare Mikhaïl Bryzgalov, directeur du Musée de la musique de Moscou, l’institution culturelle grâce à laquelle l’événement a été rendu possible.

Sergueï Prokofiev (1891-1953) est l’une des figures majeures de la musique russe et l’un des grands novateurs du XXe siècle. Pianiste, compositeur et chef d’orchestre, il a dû ses premières leçons à sa mère, qui était une excellente pianiste. À 13 ans, il est entré au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, où il a obtenu avec brio ses diplômes de piano et de composition. Le style de Prokofiev se caractérise par une rythmique acérée, une harmonie audacieuse, une théâtralité éclatante et un lyrisme profond, alliant innovation et clarté classique. Parmi ses œuvres les plus célèbres, figurent les ballets Roméo et Juliette et Cendrillon, le conte symphonique Pierre et le Loup, l’opéra Guerre et Paix, ainsi que des concertos pour piano et des musiques de films comme Alexandre Nevski et Ivan le Terrible. Le parcours du compositeur a été riche et dramatique : en 1918, il est parti à l’étranger, a vécu aux États-Unis, en Allemagne et en France, a donné de nombreux concerts et a composé des ballets pour l’impresario russe Serge de Diaghilev, fondateur des célèbres Ballets russes. En 1936, Prokofiev est revenu définitivement en URSS, où il a créé ses principaux chefs-d’œuvre, mais il a été plus tard critiqué et est tombé dans l’oubli. Le compositeur est mort le 5 mars 1953 à Moscou, le même jour que Staline, et sa disparition est passée presque inaperçue.

Dmitri Chostakovitch (1906-1975) est l’un des plus grands compositeurs du XXe siècle, dont l’œuvre est devenue la chronique musicale de l’ère soviétique. Comme Prokofiev, il a révélé dès son jeune âge des capacités musicales exceptionnelles et a achevé ses études au conservatoire de Pétersbourg (à l’époque Petrograd) en piano et en composition. Il est connu comme l’auteur de symphonies remarquables avec un style reconnaissable - un complexe synthèse de pathos tragique, de sarcasme aigu, de profondeur confessionnelle et de détachement philosophique, où la polyphonie, la rythmique acérée et les symboles sonores deviennent des moyens d’exprimer le conflit intérieur entre l’homme et son époque. Durant la Seconde Guerre mondiale, Prokofiev est resté dans le Leningrad assiégé et y a composé la Symphonie n°7 qui est devenue un symbole de la résistance contre les envahisseurs nazis. Après la guerre, le génie musical est tombé en disgrâce, a été privé de ses titres et n'a plus écrit que pour lui-même. Les honneurs ne lui ont été rendus qu’après la mort de Staline.

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